Les religions de la préhistoire : mythe ou réalité ? - Vu 7247 fois.
Si notre connaissance de la préhistoire s’affine sans cesse grâce aux découvertes combinées de l’archéologie, de la paléontologie et de la génétique, si nous savons aujourd’hui à quoi ressemblait la vie quotidienne des hommes qui vécurent il y a plus de 100 000 ans, en revanche leur vie spirituelle reste entourée de mystère.
L’héritage qu’ils nous ont légué – fresques, dessins, gravures, sculptures – montre qu’ils possédaient un sens du sacré très développé. Mais quel message cet art préhistorique véhicule-t-il à notre attention ? Les hommes préhistoriques croyaient-ils déjà à un Au-delà ? Quel sens donner à leurs peintures rupestres ? Les « Vénus préhistoriques » qu'ils sculptaient sont-elles les vestiges d’un culte très ancien de la Déesse Mère ou de la fertilité ? Quelle était la fonction des assemblées de mégalithes du néolithique ? Où et comment sont nées les premières religions organisées ? Dans les pas des archéologues et des préhistoriens, ce documentaire tente de répondre à ces questions…
. Premiers pas dans la préhistoire
L’enquête commence sur le site préhistorique de Castel Merle, à Sergeac (Dordogne), en plein cœur du Périgord noir, entre la grotte de Lascaux à Montignac, et l’abri du Moustier, tout près des Eyzies-de-Tayac. Ce site, également appelé Vallon des Roches, est constitué de grandes falaises parallèles comportant plusieurs abris naturels qui ont été occupés successivement par les Néandertaliens puis par les Homo sapiens, ce qui en fait l’une des plus fortes concentrations d’habitats préhistoriques de cette région. C’est là que furent découverts les premiers fossiles de l’homme de Cro-Magnon, en 1868. Aujourd’hui, la commune des Eyzies-de-Tayac abrite le Musée National de Préhistoire, qui rassemble l'une des plus importantes collections paléolithiques de France : industrie lithique et osseuse, art mobilier, sépulture, faune et premier ensemble mondial d'art paléolithique sur bloc gravé ou sculpté.
C’est dans ce cadre exceptionnel que le journaliste François DE CLOSETS nous emmène à la découverte de l’une des plus anciennes sépultures humaines, retrouvée sur le site de Quafzeh (Israël), par le paléontologue Bernard VANDERMEERSCH. Il s’agit bien entendu d’une reproduction, présentée derrière une vitrine, mais elle offre un aperçu saisissant de la façon dont les hommes préhistoriques inhumaient leurs semblables. Le squelette que l’on découvre – celui d’une femme – est couché sur le côté, en position fœtale, avec le corps d’un petit enfant à ses pieds. Ces détails révèlent l’existence de rites funéraires parfaitement codifiés et exécutés avec minutie, cela il y a plus de 100 000 ans.
L’apparition des rites funéraires chez les hommes de la préhistoire – qu’il s’agisse des Homo sapiens ou des Néandertaliens – marque un tournant décisif dans leur évolution spirituelle. L’individu a désormais conscience de la mort et il cherche à lui donner une signification à travers un ensemble de rituels. Ceux-ci sont censés favoriser le passage des morts vers l’Au-delà, d’abord par une mise en place symbolique du corps, qui retourne à la terre comme il est né, en position fœtale, puis par l’adjonction d’objets funéraires, que l’on retrouvera en nombre de plus en plus important dans les périodes ultérieures de la préhistoire.
. Les vivants et les morts
Mais le soin que l’on apporte aux morts peut aussi prendre des formes très différentes, comme va nous le montrer la suite du documentaire.
Une première étape nous emmène à Gaztelu dans la vallée de l'Arberoue (Pyrénées-Atlantiques). Trois grottes naturelles ayant servi d’habitat préhistorique sont creusées dans la colline de Gaztelu. Au sommet, on trouve la grotte d’Izturitz, 15 mètres plus bas, celle d’Oxocelhaya, et 15 mètres encore sous celle-ci, Erberua, actuellement immergée dans le cours d’eau qui l’a creusée. Le temps, ici, peut se lire directement dans la terre, le sommet de la strate géologique remontant à -29 000 ans, tandis qu’à la base, 90 centimètres plus bas, nous descendons à -37 000 ans. L’ensemble des couches superposées d’Izturitz rassemble ainsi près de 80 000 ans de préhistoire, que les archéologues tentent de déchiffrer par le biais des milliers d’objets et de fossiles qu’ils ont mis à jour.
Plusieurs de ces objets ne laissent pas de les intriguer, notamment de petites statuettes d’animaux qui semblent avoir été brisées volontairement. Ailleurs, ce sont des personnages fantastiques qui ont été exhumés : femmes mi-humaines mi-animales, formes ectoplasmiques, êtres velus. Les archéologues s’interrogent sur la signification de ces objets. Représentaient-elles des apparitions de l’Au-delà ? Des génies bons ou mauvais ? Des figures divines ? En l’absence d’autres éléments, il n’est malheureusement pas possible de répondre à ces questions.
Un autre grand mystère tient à l’absence de sépultures dans et autour de la grotte d’Izturitz. Des milliers d’hommes préhistoriques ont vécu sur ce site, or pas un seul corps n’y a été retrouvé. Où sont-ils donc passés ? Seules quelques dents percées de manière à pouvoir être portées en pendentif ont été retrouvées. Pour l’anthropologue Dominique GAMBIER, directrice de recherche au CNRS, ces dents seraient ce qui se rapprocherait le plus d’objets funéraires, voire de reliques associées au culte des ancêtres. Investies symboliquement par l’esprit des défunts, ces dents auraient permis de faire le lien entre le monde des vivants et celui des morts, remplissant la fonction traditionnellement dévolue aux sépultures. L’anthropologue reste cependant très prudente quant à la validité de cette théorie.
. Culte de la Nature
Le rapport que les hommes préhistoriques entretenaient avec la nature représente un autre axe de recherche important pour mettre en lumière leurs croyances. Ces chasseurs-cueilleurs qui ne produisaient rien étaient en effet totalement inféodés à leur environnement : gibier, ressources végétales disponibles, conditions climatiques, catastrophes naturelles, etc. Dans ces conditions, comment ne pas imaginer l’émergence d’un culte de la nature reposant sur la croyance en l’existence d’esprits ou de forces invisibles ?
Pour explorer cette piste, les archéologues se sont penchés sur l’un des plus étranges types d’habitat préhistorique : les huttes construites en os de mammouths. Pour les construire, les chasseurs-cueilleurs du paléolithique disposaient d’abord une série de crânes de mammouths en arc de cercle qui formaient la base du mur intérieur. Ils superposaient ensuite une centaine de mandibules, le menton vers le bas, pour construire les murs latéraux. La charpente du toit était ensuite construite en bois et recouverte de peaux tendues fixées entre elles par un assemblage d’ossements. Cette configuration dépasse la simple fonction d’habitat pour embrasser une dimension plus symbolique, voire rituelle. L’archéologue préhistorien Pierre CATTELAIN évoque la possibilité que ces huttes aient été utilisées comme cabanes cérémonielles par les hommes de la préhistoire, comme cela existe aujourd’hui encore dans certaines tribus Amérindiennes.
. Fresques rupestres
Mais pour réellement appréhender la notion de sacré chez les hommes de la préhistoire, c’est vers leurs peintures rupestres qu’il faut se tourner. Assez bizarrement, ce n’est ni dans la grotte de Lascaux, ni dans celle de Chauvet que le documentaire nous emmène à cet instant, mais à Arcy-sur-Cure. Dans ce haut lieu préhistorique, une grotte dite « la grotte principale » traverse la colline. Lors d'un lavage des parois, encrassées à cause des visites, on a découvert l'existence de fresques rupestres. Malheureusement, beaucoup de celles-ci ont été dégradées à cause d’une méthode de lavage au jet d’eau à haute-pression pour le moins inappropriée au lieu.
Par chance, certaines peintures ont quand même été préservées grâce à la gangue de calcite qui les recouvrait. Elles ont pu être repérées grâce à l’utilisation de photographies infrarouges, puis mises à jour par abrasion de la couche superficielle de calcite. Ce travail minutieux a révélé de véritables trésors de l’art rupestre. 140 peintures ont ainsi refait surface à l’intérieur de la grotte principale : mains, symboles, animaux dessinés sur la paroi rocheuse. Le caractère exceptionnel de ces peintures tient au fait que les animaux représentés sont constitués à 68% d’espèces rares et dangereuses : mammouths, rhinocéros, ours, grands félins. Pour de nombreux archéologues, cet art rupestre serait codé, mais il est impossible, dans l’état actuel de nos connaissances, de déchiffrer ces messages. S’agissait-il, pour les hommes préhistoriques, de représenter ces animaux afin d’exorciser la peur qu’ils leur inspiraient ? D’en faire des totems chargés de veiller sur la communauté ? De s’approprier leur force en les dessinant ?
. Chamanisme préhistorique ?
Le préhistorien Jean CLOTTES rattache quant à lui ces peintures au chamanisme. Il présente ses théories dans un livre qui a fait grand bruit parmi la communauté scientifique : « Les Chamanes de la Préhistoire ». D’après lui, la grotte constituerait un milieu hallucinogène propice à l’apparition d’un état de transe chamanique. Obscurité, humidité, privation sensorielle s’y combineraient en effet à merveille pour amener l’individu à franchir les limites de la conscience ordinaire et pénétrer dans le territoire des esprits. Géographiquement parlant, c’est aussi un trait d’union avec l’autre monde, un espace de transition entre la surface et les profondeurs de la terre, lieu de séjour des forces primitives et des esprits. Les dessins représentés sur les parois s’apparenteraient donc à des visions ramenées de ces états de transes, ou « voyages » effectués par les chamanes de la préhistoire, médiateurs entre le monde des esprits et celui de la surface.
Jean CLOTTES va encore plus loin en attribuant une valeur quasi religieuse à la grotte, véritable sanctuaire préhistorique où se déroulaient des cérémonies, des rites, par le biais desquels les chamanes cherchaient à entrer en contact avec les esprits. Ce chamanisme préhistorique aurait existé pendant près de 20 000 ans d’un bout à l’autre de l’Europe, sous différentes variantes, jetant probablement les bases d’une religion commune. Mais les théories de Jean CLOTTES suscitent de nombreuses controverses dans la communauté des préhistoriens, et certains chercheurs n’hésitent pas à y voir une vaste fabulation.
. Vénus préhistoriques
En même temps que l’art rupestre, on voit se développer la sculpture, et plus particulièrement les Vénus préhistoriques, également appelées Vénus paléolithiques, Vénus aurignaciennes, Vénus stéatopyges, ou Vénus obèses. Il s’agit de petites statuettes féminines, réalisées en ivoire, en pierre tendre (stéatite, calcite, calcaire) ou en terre cuite, représentant des femmes dont plusieurs parties du corps sont exagérément développées : abdomen, hanches, seins, fesses, vulve. L’une des plus célèbres est la Vénus de Willendorf, découverte en 1908 sur le site d'une ancienne briqueterie à Willendorf, en Autriche. Mesurant 11 cm de hauteur, elle représente une femme nue obèse debout, les bras posés sur son énorme poitrine. La tête, finement gravée, est penchée en avant et semble être entièrement recouverte par des tresses enroulées qui dissimulent le visage.
Bien d’autres Vénus présentant des caractéristiques similaires, sculptées dans d’autres matériaux, ont été découvertes à travers toute l’Europe, laissant supposer l’existence d’un rituel dont ces statuettes, investies d’une charge symbolique ou magique, auraient été l’un des éléments clés. La vénération de la Déesse Mère, qui renvoie à un culte primitif de la fertilité qui aurait été universellement pratiqué à la fin de la Préhistoire, a longtemps constitué un axe de recherche important pour les chercheurs. Mais pour l’anthropologue Randy WHITE, professeur à l’université de New York, cette théorie bat aujourd’hui de l’aile. En effet, la fertilité des femmes était loin d’être un élément essentiel au sein de la société des chasseurs-cueilleurs. Au contraire, chez ces peuplades très mobiles, l’arrivée de nouveaux nés était très souvent problématique, ralentissant les déplacements du groupe et l’exposant ainsi à des dangers. Qui plus est, aucune de ces Vénus préhistoriques n’est représentée en train de donner naissance. La plupart ont été retrouvées enterrées dans des fosses, ce qui fait dire à Randy WHITE qu’il s’agissait d’offrandes. Si leur dimension religieuse ne fait aucun doute, en revanche la nature du culte auquel elles étaient associées reste inconnue des chercheurs. Une nouvelle fois, la quête des croyances de nos ancêtres préhistoriques se termine par une impasse…
. Une nouvelle spiritualité
13 000 ans avant notre ère, l’art pariétal disparaît. Il est remplacé par des signes et des symboles, pour la plupart abstraits, dont on retrouve les traces dans les lieux de peuplement de cette époque. Cette disparition coïncide avec celle des grands animaux sauvages, prédateurs de l’homme préhistorique, et avec un changement de mode de vie qui, au fil des millénaires, va faire basculer l’humanité du monde du paléolithique dans celui du néolithique.
Un grand changement climatique se produit en effet entre -13 000 ans et -10 000 ans avant notre ère, marqué par la fin de la dernière grande période de glaciation. Le climat se réchauffe, les glaciers fondent, le niveau des mers monte, redessinant les contours des continents. A la même époque, l’humanité abandonne progressivement les cavernes et les grottes pour un nouveau type d’habitat en surface. L’apparition des premiers villages crée un phénomène de sédentarisation, qui va prendre naissance au Moyen Orient, où apparaissent pour la première fois l’agriculture et l’élevage : la révolution du néolithique est en marche.
Autre époque, autres croyances. Le site archéologique de Göbekli Tepe, en Anatolie orientale, région de l’actuelle Turquie, près de la frontière avec la Syrie, reflète ce changement dans la spiritualité des hommes du néolithique. Ce site, découvert en 1994 par l’archéologue Allemand Klaus Schmidt, abrite le plus ancien temple de pierre de toute l’histoire de l’humanité. Sa datation est estimée entre - 11500 et -10000 avant notre ère, devançant d'environ 70 siècles les plus anciennes pyramides égyptiennes. Recouvert par une colline artificielle, le temple se présente sous la forme d’un vaste complexe d’enclos circulaires. Quatre grandes enceintes dessinées par d'énormes piliers de calcaire pesant plus de 10 tonnes chacun ont été dégagées. Ces piliers présentent des traces de nombreuses sculptures représentant des symboles et des animaux, dont certains sont des créatures fantastiques.
La présence de ces animaux sculptés laisse penser aux archéologues qu’il s’agirait d’une représentation symbolique du processus de domestication de l’animal par l’homme, comme si le temple de Göbekli Tepe préfigurait l’avenir de la société néolithique, où l’élevage jouait un rôle prépondérant. On est toujours dans le cadre d’une pensée magique et de sa représentation symbolique, mais celle-ci a quitté le décor souterrain de la grotte pour investir un cercle de pierres dressées vers le ciel, donnant ainsi une nouvelle dimension, un nouvel élan, à l’impulsion religieuse. Symboliquement, on peut aussi dire que la religion quitte le stade embryonnaire de la grotte-placenta où elle était jusqu’ici confinée pour éclore à un niveau supérieur, qui est celui de la conscience collective.
. Civilisation des mégalithes
Cette révolution néolithique, débutée au Moyen Orient, mettra près de trois millénaires à atteindre l’Europe de l’ouest et la France. Elle marque non seulement une mutation profonde de la société, avec la disparition progressive des chasseurs-cueilleurs au profit de populations d’agriculteurs sédentarisés, mais aussi un bouleversement radical du rapport entre l’homme et la nature. Les pratiques religieuses et les rites funéraires s’en trouvent bouleversés. Pour le préhistorien Jean COURTIN, le changement de l’environnement et des conditions naturelles explique ce bouleversement. Les grands animaux – bisons, rennes, mammouths – ont disparu, engendrant un changement des pratiques alimentaires. Les communautés produisent elles-mêmes leur nourriture ; pour cela, elles prennent possession du sol, ce qui induit une mutation profonde des mentalités, et par voie de conséquence, de la spiritualité. Le signe le plus manifeste de cette révolution spirituelle est l’apparition des premiers mégalithes.
Les premiers menhirs remontent à environ 65 siècles. D’une hauteur moyenne de 6 mètres, visibles à 1km de distance, ces édifices occupaient une fonction centrale dans la société néolithique. Leur rôle exact reste un mystère, mais de nombreux indices laissent à penser qu’ils servaient soit de lieux de culte, soit de bornes indiquant la proximité d’un site important. D’autres interprétations les associent à un culte de la fertilité en raison de leur forme phallique, ou en font les éléments d’un système d’observation astronomique. Mais ce sont là des hypothèses marginales qui n’ont jamais été étayées par des preuves solides.
Aux premiers menhirs succèdent bientôt des assemblées de mégalithes, soigneusement alignés par dizaines, puis par centaines. Les alignements de Carnac, dans le Morbihan, constituent l’un des ensembles mégalithiques les plus célèbres et les plus impressionnants de cette période avec près de 4 000 pierres levées réparties sur plus de 4 kilomètres. A cette époque apparaissent aussi les dolmens, constructions constituées d'une ou plusieurs grosses dalles de couverture – les tables –posées sur des pierres verticales qui lui servent de pieds : les orthostates. L’ensemble était originellement recouvert par un tumulus et servait de chambre funéraire. On y déposait des squelettes plutôt que des corps fraichement morts.
. Art mégalithique
Au fil du temps, ces tombes collectives vont le développer et se sophistiquer ; un art mégalithique se développe ainsi sur les parois des dolmens. L’un des symboles récurrents de cet art est le signe en crosse, variation de la houlette du berger. Ce n’est pas un hasard si cet instrument qui servait au berger à conduire son troupeau se retrouve dans l’art funéraire des hommes du néolithique : il symbolise en effet la maîtrise de l’homme sur le monde animal, un pouvoir qu’il tient à afficher jusqu’au seuil de l’Au-delà, soit pour conjurer la mort, soit pour se rassurer face au mystère qu’elle représente.
Le deuxième grand attribut de cet art mégalithique est le signe de la hache, que l’on retrouve dans de nombreuses sépultures. Cette hache polie était l’outil fondamental des paysans du néolithique, puisqu’elle leur permettait de défricher la forêt pour conquérir de nouvelles terres arables, mais aussi pour se procurer du bois de chauffe ainsi que des matériaux de construction : planches, poutres, solives, etc. Cet outil vital s’est donc chargé d’une très forte valeur symbolique, proclamant la maîtrise de l’homme sur la nature.
Au fil du temps, ces motifs vont devenir de plus en plus complexes. Le cairn de Gavrinis, en Bretagne, constitue très certainement le chef d'œuvre de l'art mégalithique. Ses dimensions en font l’un des plus impressionnants de Bretagne. D’un diamètre d'environ 50 mètres, il renferme un dolmen à chambre unique précédé d’un couloir long de 14 mètres dont les parois, composées de 29 dalles, sont ornées de gravures représentant ce qui ressemble à des empreintes de pouces géants imprimés dans la pierre. A l’extrémité de ce couloir se trouve la chambre funéraire, presque carrée, de 2,5 mètres de côté. Cette chambre, située sensiblement au centre du cairn, possède une dalle levée située dans l’axe du couloir et dotée de gravures extrêmement complexes. Certains chercheurs y voient un condensé de toutes les croyances de cette époque, ce qui laisse penser que le cairn de Gavrinis a pu être une sorte de lieu initiatique pour les pratiquants de cette religion du néolithique.
Une autre particularité du cairn de Gavrinis est d’être composé de stèles rapportées d’autres monuments funéraires des environs, détruits ou démontés. Ces nouveaux éléments ont souvent été retaillés sans ménagement pour pouvoir s’intégrer à l’architecture du nouveau site, ce qui démontre l’évolution continuelle des croyances de cette époque : en l’espace de quelques siècles, certaines représentations tombent en désuétude, perdant leur caractère sacré, avant d’être « recyclées » dans d’autres constructions. Quoi qu’il en soit, les cultes célébrés autour des dolmens semblent gagner une frange de plus en plus importante de la population au fil du néolithique : on ne rend plus seulement hommage à quelques membres importants de la communauté mais à des figures tutélaires qui chapeautent toute l’organisation spirituelle de la société.
. Culte des ancêtres
Ce changement dans la spiritualité des hommes du néolithique se manifeste à travers l’art statuaire ; on voit apparaître des représentations monumentales d’hommes et de femmes dotés d’attributs symboliques – bijoux, vêtements, outils, armes, etc. – qui traduisent leur ascendant sur la communauté. La statue devient un symbole : elle représente, elle identifie une communauté liée par un ensemble de croyances et de rituels.
Peu à peu s’organise autour de ces figures un véritable culte dédié aux ancêtres. Ceux-ci incarnent les valeurs fondamentales de la communauté, ils sont les garants de sa mémoire et de son identité. Cela signifie que dans la conception des hommes du néolithique, la mort n’est plus considérée comme une fin mais comme une transition vers un autre monde : celui des esprits. De ceux-ci, symbolisés par les ancêtres, on attend qu’ils protègent le groupe et maintiennent sa cohésion sociale. L’Au-delà acquiert ainsi peu à peu un rôle « politique » en plus de sa dimension religieuse : ce n’est plus seulement l’ailleurs mystérieux vers lequel migrent les âmes après la mort, mais un modèle inaliénable dans lequel la société trouve une partie de ses racines.
. Religion des origines ?
Ces statues, ces gravures préhistoriques, permettent-elles d’affirmer l’existence d’une religion des origines qui aurait vu le jour au néolithique ? Si la plupart des spécialistes refusent de s’engager sur ce point, il n’en est pas de même pour l’archéologue italien Emmanuel ANATI, auteur d’un ouvrage intitulé « La religion des origines ». Sa théorie considère l’art préhistorique comme une variante primitive de l’écriture : en dessinant, en gravant, en sculptant la pierre, l’homme préhistorique aurait voulu communiquer et traduire ses émotions. Pour ANATI, la majorité de ces « messages » participe à un questionnement de l’être humain sur sa place dans la nature, et au-delà, dans l’Univers. La religion des origines serait ainsi une quête de compréhension, quête qui passe par un dialogue avec la nature par le biais des esprits. Ce socle spirituel constituerait la base de toutes les religions actuelles.
Doté d’un cerveau analytique, l’Homo sapiens ne pouvait échapper à ce questionnement fondamental sur ses origines, sa place dans le monde, la finalité de son existence, etc. Emmanuel ANATI considère que c’est ce bouillonnement spirituel qui a favorisé l’émergence du sacré, et plus tard du sentiment religieux. La religion aurait ainsi permis aux premiers hommes de donner un sens à ce qui les entourait, mais aussi de structurer leur société autour de figures symboliques qui maintenaient l’identité et l’unité du groupe.
Cette théorie d’une religion originelle commune est très largement controversée, mais elle a le mérite d’essayer de comprendre de quel socle spirituel commun l’humanité a pu partir pour aboutir à la diversité d’aujourd’hui. En attendant que l’on puisse un jour éclaircir le mystère de ces origines, les fresques, les dessins, les objets et les sculptures préhistoriques continuent à nous poser la question lancinante de la signification de cet héritage spirituel que nous possédons, mais dont nous sommes encore très loin d’avoir levé tous les mystères.
EN RÉSUMÉ : Par rapport à son intention initiale, qui était de nous éclairer sur la ou les religions de la préhistoire, ce documentaire s’avère assez décevant. En effet, si un constat s’impose au fil des séquences et des interviews de spécialistes, c’est bien celui de l’impossibilité de tirer une conclusion formelle sur ce que furent les cultes ou les religions préhistoriques. Trop de lacunes cernent en effet nos connaissances relatives à cette période pour que nous puissions faire autre chose que de formuler des hypothèses. L’enquête, pourtant correctement menée, aboutit toujours au même constat : les indices sont trop rares, trop éparpillés, pour donner du sens aux découvertes archéologiques. Du coup, peintures rupestres, dessins, gravures, sculptures et autres objets d’art préhistoriques en viennent à exister dans une dimension complètement cloisonnée. On sait plus ou moins quelle était leur fonction, mais il est impossible, dans l’état actuel des connaissances, de les rattacher à un système plus vaste, comme celui d’un courant religieux qui aurait traversé toute la préhistoire.
Ce grand saut dans le domaine de la prospective, l’archéologue Emmanuel ANATI n’hésite pas à le faire en fin de reportage, mais en l’entendant expliquer sa théorie d’une religion des origines, on comprend rapidement pourquoi celle-ci est tellement controversée parmi ses pairs. Elle s’appuie en effet beaucoup plus sur une interprétation des preuves archéologiques que sur l’existence de preuves avérées. Cette hypothèse a toutefois le mérite de proposer une explication, là où un grand nombre d’archéologues et de préhistoriens se contentent d’exhumer et de cataloguer les vestiges préhistoriques sans chercher à aller plus loin…
Les religions de la préhistoire : mythe ou réalité ? a été vue 7247 fois.
Elnaino59 - 19 ans - 598 pts - 6 vidéos - Chercheur - 17 Jan 12 02:12:12
Conviction : Aucune
Vidéo Réellement très enrichissante, je retiendrais surtout le commentaire du dernier chercheur Italien, qui dit " qu'il préfère les gens qui se prononcent quitte à être dans l'erreur que ceux qui trop prudents ne veulent rien dire !".
J'ai bien aimer aussi l'interprétation de la grotte, comme lieu hors du temps, hors du quotidien et de la nature, lieu favorable au recueil intérieur et spirituel, comme peuvent l'être les églises , les mosquées etc...
Tout le reportage m'amène à me demander comment l'Homme en est venu à se poser des questions ? et à devoir donner du sens à son passage sur terre ?
Je pense que la spiritualité est une chose à travailler parce qu'elle fait parti de notre nature humaine, et que la rejeter serait une grave erreur, car aux yeux de certains c'est une pure invention voire une calomnie, pour moi c'est un besoin , qui plus est essentiel pour tenter de se comprendre et de comprendre le monde dans lequel ont vit, et peut être s'ouvrir l'esprit dans l'optique d'améliorer les choses.
En tout cas c'est un fabuleux héritage que nos ancêtres nous ont laissé, il est a préservé et à étudier en profondeur, je suis certains que cela peut beaucoup nous apporter même à notre époque féru de scepticisme et d'athéisme.