La mystérieuse stèle de Machaquila - Vu 8695 fois.
Ce documentaire est consacré à l'étude de la stèle trouvée dans les ruines de la cité maya de Machaquila, dans l'actuel Guatemala par l'archéologue Ian Graham en 1961. L'observation du monument et des différents symboles qui le couvrent sert de trame, car chaque élément renvoie à des points de civilisations qui sont ensuite illustrés dans des reconstitutions. La datation de la stèle situe son érection (et oui, c'est le terme) au début du 9ème siècle de notre ère, alors que les autres puissances du monde maya déclinent.
Le documentaire s'ouvre sur la reconstitution de la découverte de Ian Graham alors qu'il visite pour la première fois la cité de Machaquila. Les stèles de cette dimension étant érigées pour célébrer la puissance d'un royaume, la date que porte celle ci (815 ap. JC) étonne l'archéologue car l'empire maya est déjà tombé en ruine partout ailleurs.
Entreposée à Guatemala City, la stèle rejoindra en 2006 les collections du musée du Quai Branly à Paris. Avant son départ, l'archéologue Fédérico Fahsen tient à percer ses mystères. Épigraphiste de formation, (qui étudie les langues mortes et leurs transcriptions, particulièrement les écritures hiéroglyphiques), Fédérico Fahsen est un des seuls scientifiques au monde à pouvoir déchiffrer les inscriptions mayas.
Le système d'écriture maya est donc un ensemble de hiéroglyphes mis au point par des scribes. La différence entre les hiéroglyphes et les autres alphabets tient dans le fait que les signes servent directement de support aux idées et aux sons, sans la contrainte d'un code d'écriture abstrait. En plus de ce système d'écriture complexe, les mayas étaient des mathématiciens accomplis. A la différence du système occidental, d'une base de 10, les mathématiques reposaient sur une base de 20 et possédait un zéro, ce qui permit aux mayas d'établir leurs fameux calendriers dont la précision est confirmée grâce aux ordinateurs d'aujourd'hui.
Fédérico Fahsen découvre ensuite le nom du roi qui est représenté sur la stèle, Shiaj K'in-Shak (le fils de l'aube) et confirme la datation du début de son règne, en 815. La date soulève inévitablement la question du calendrier, basé sur la fine observation des astres. Cette fascination des mayas pour les étoiles les a orientés pour construire de nombreux monuments, dont plusieurs observatoires.
Détenteurs du savoir lié au temps, les scribes portaient de grandes responsabilités, dans des consultations purement divinatoires ou pratiques, comme les semailles ou les brulis.
L'observation du personnage représenté sur la stèle met en évidence une physionomie particulière : le front et le nez sont alignés, ce qui était alors considéré comme une marque d'ascendance divine. Les familles nobles contraignaient le visage des enfants pour faire naître ou accentuer cette ressemblance grâce à un système de planches. En effet, les rois mayas étaient censés être les émissaires de la volonté des dieux et ainsi contrôler leurs royaumes. La conception du monde des mayas ressemble à celle des peuples celtes et nordiques : un monde sur plusieurs niveaux traversé par un arbre gigantesque le Ceiba (l'If chez les nordiques) qui en est son pilier. Le royaume des hommes se trouve dans le plan central, représentant le monde terrestre.
Pour prouver son pouvoir spirituel, le futur roi devait combattre et conquérir les gardiens des différents royaumes comme le jaguar et le serpent. La stèle mise à jour à Machaquila mentionne ce combat, dans la représentation d'une peau de jaguar, de crocs de serpents et de plumes d'oiseaux. Les plumes étaient des hommages aux dieux et certaines, comme les plumes du Quetzal censées recouvrir Quetzalcóatl le serpent à plumes valaient plus cher que l'or.
Le jaguar, quant à lui, est considéré comme une divinité à la fois bénéfique puisqu'il protège le soleil durant le jour mais également maléfique, puisqu'il est le roi du monde de la nuit des morts. Comme le jaguar, le serpent est ambivalent et représente la complémentarité du Bien et du Mal, et nécessaire pour impressionner les ennemis de celui qui se pare des attributs de tels animaux.
Un autre facteur de destruction menace toutes les cités mayas : la guerre avec les royaumes voisins. En effet, comme la Grèce antique, le monde maya est morcelé en plusieurs cités-états indépendantes et souvent rivales. L'une d'elles, Cancuén spécialisée dans le commerce du jade, qui était une des matières les plus précieuses pour les mayas. La richesse, manifestement trop voyante de la ville attira la colère puis la convoitise de ses voisines. Au milieu des ruines de Cancuén, Federico Fahsen découvre la tombe de Kan Maax. Le dernier roi de Cancuén a été enterré à la sortie de son palais sous quelques centimètres de terre, probablement à la hâte ou dans une négligence délibérée. La survie de Machaquila tient peut être dans sa sobriété puisqu'aucun monument grandiose n'y a été retrouvé.
La plus grande guerre du monde maya opposa les cités de Tikal et de Calakmul. Calakmul, alliée avec la cité de Dos Pilas portèrent un coup sérieux à la puissante Tikal, en supprimant les représentants du pouvoir et en détruisant de nombreux monuments. Cependant, Tikal se releva et vainquit Calakmul en 695. Bien que victorieuse, Tikal est en déclin, dont le point d'orgue sera l'avènement du roi « soleil obscur ».
Le décryptage de Fédérico Fahsen met au jour un autre titre de Shiaj K'in Shak : joueur de pelote. La pelote était un sport sacré, dans lequel deux équipes de joueurs se lançaient une balle de caoutchouc pour la faire rebondir sur les marques d'un terrain concave, sans pouvoir la toucher avec les mains ou les pieds. Ce jeu très violent servait notamment à sceller des alliances ou à défier un opposant.
Sur un terrain de pelote, Fédérico Fahsen et son équipe ont retrouvé une marque gravée par un roi de Cancuén et qui se proclame maître de Machaquila, alors que celle ci était bien indépendante à la même époque. Ce terrain a donc probablement servi à défaire une alliance entre Cancuén et Machaquila.
Le roi de Machaquila rend hommage sur sa stèle aux pères fondateurs de la cité. Ces fondateurs étaient probablement les restes des élites de cités en ruines comme Dos Pilas ou Aquateca qui trouvèrent sur les rives de la rivière Passion un site idéal pour fonder un nouveau royaume qui serait au carrefour des principales voies commerciales.
Grâce à cette position, Machaquila a pu entretenir des relations commerciales prospères ainsi que des échanges culturels avec d'autres cités, garantissant la bonne santé des divers aspects de la vie de ses habitants. Ces émulations sont visibles sur d'autres stèles et d'autres monuments dans le royaume maya.
De nombreux mystères de Machaquila resteront dans l'ombre à cause du pillage incessant des matériaux de construction. Pour lutter contre ce fléau de l'Histoire, le gouvernement Guatémaltèque a créé une garde des monuments historiques. Tous les ans, des recensements des ruines sont organisés et mettent à jour de nouvelles ruines, approfondissant le travail des archéologues. Mais les recherches sont freinées par la trop courte saison de fouille, qui ne dure que six semaines par an alors que des années entières ne suffiraient pas pour explorer tout le complexe de Machaquila.
Avant que la stèle ne parte loin du Guatémala, les chercheurs veulent en ériger une copie sur le lieu de sa découverte et se penchent sur les méthodes de construction d'une telle œuvre. Le bloc était trainé sur des rondins de bois et élevé au moyen d'un échafaudage rudimentaire. La pierre verticale était ensuite laissée aux sculpteurs. Cette technique nécessitait apparemment beaucoup de main d'œuvre. La copie de la stèle est également fastidieuse mais est couronnée de succès puisque la réplique a pris la place de l'original à Machaquila.
Le documentaire se termine sur l'entrée de la stèle et du donc du roi Shiaj K'in Shak dans le musée du Quai Branly « où le monde pourra l'admirer ».
Ce documentaire fort original grâce à sa méthode de narration, accuse quelques imprécisions. En effet, le documentaire met en valeur Machaquila et son roi, en laissant un pan de l'histoire maya dans l'ombre, notamment la gloire de la cité de Palemque, vivace jusqu'en 900. Cette période post-classique se termina sur la victoire des conquistadors espagnols au 14ème siècle. Même si la forme du reportage le favorisait, le roi Shiaj K'in Shak n'était pas le meilleur ni le dernier des rois mayas, comme le traitement le suggère.
Quant aux problèmes liés à la préservation et à la compréhension des sites mayas, il ne reste plus qu'à espérer que l'épigraphie suscite quelques vocations car elle se révèle être une discipline extrêmement ingrate et fastidieuse.
Le reportage pose également un questionnement plus large dont les mayas sont le parfait exemple. En effet, lorsque les cités Mayas furent redécouvertes au 19ème siècle, les lacunes poussèrent les historiens à l'approximation, mésestimant beaucoup d'aspects raffinés de cette civilisation. Ce n'est qu'au travers de découvertes plus tardives que ces préjugés ont été discrédités et on peut se demander si le reste de nos connaissances actuelles ne sont pas également émaillées de raccourcis empêchant la juste compréhension de ces sociétés.
Patientons, souhaitons bonne chance à Fédérico Fahsen et à ses collègues, en attendant d'en découvrir toujours plus sur ces fascinants mayas, et sur leur compréhension du monde.
La mystérieuse stèle de Machaquila a été vue 8695 fois.
u-f-o-51 - 2 pts - aucune vidéo - Nouveau - 20 Mar 11 09:46:59
Conviction : Aucune
Frapatsai a écrit: Super reportage, mais je me demande quand même pourquoi et comment cette pierre magnifique et à priori, unique, peut-être enlevée au patrimoine des héritiers des Mayas pour venir s'échouer au Musée du Quai Branly à Paris...
Frapatsai - 43 ans - 362 pts - aucune vidéo - Curieux - 17 Mar 11 23:12:50
Conviction : Sceptique
Super reportage, mais je me demande quand même pourquoi et comment cette pierre magnifique et à priori, unique, peut-être enlevée au patrimoine des héritiers des Mayas pour venir s'échouer au Musée du Quai Branly à Paris...
Lisa - 519 pts - 9 vidéos - Chercheur - 14 Mar 11 19:14:32
Conviction : Aucune
Ce reportage intéressant. Les civilisations anciennes font toujours l'unanimité. Par contre je trouve la voix du commentateur un peu monotone. Mais on ne peut pas tout avoir...