Depuis la découverte de l'ADN en 1944, l'humanité a fait un pas de géant quant à la compréhension du fonctionnement de notre génome. Ne se limitant pas à la simple théorie, les scientifiques sont passés maîtres dans l'art de manipuler les gènes et aujourd'hui ces avancés se mêlent aux sentiments d'espoir, mais aussi de peur...
Mais replongeons-nous dans le passé et retraçons ensemble l'histoire qui a mené à la découverte du gène !
Très tôt dans le passé, les Hommes se sont posés la question de savoir pourquoi un animal engendrait toujours un autre de la même espèce avec les mêmes caractéristiques. On a alors commencé par étudier des élevages et à s'intéresser à la façon dont un trait pouvait se transmettre d'une génération à une autre.
Avec l'arrivée à la fin du XVIIIe siècle de la biologie, les recherches ont pris une nouvelle direction et on a cherché à trouver une logique commune à l'ensemble des êtres vivants.
C'est ainsi qu'en 1859, Charles Darwin publia sa fameuse théorie de l'évolution qui suggère que toutes les espèces sur terre ont un seul et même ancêtre commun.
Cette nouvelle a fait un électrochoc à la société de l'époque, car elle réfute l'origine biblique de l'Homme et fait de lui un animal comme un autre.
Peu de temps après, en 1865, le botaniste Johann Gregoer Mendel va poser les bases de la génétique en définissant la manière dont les gènes (non connus à l'époque) se transmettent d'une génération aux suivantes.
Pour cela, il a étudié le phénomène par l'intermédiaire de plantes qu'il croisait entre eux pour en observer le résultat. Il va ainsi constater que les caractéristiques des végétaux se transmettent d'une génération mère à une génération fille, mais pas seulement...
Il a tenté de faire des hybrides entre deux plantes, une rouge et l'autre blanche. Il a constaté ensuite que la génération qui suivait ce croisement était tout à fait normale (rouge). Par contre, lorsqu'il laissa se reproduire les végétaux engendrés, il observa que sur la génération suivante, il y avait ¾ de rouge et ¼ de blanc.
Il faut ajouter que dans ces ¾, ¼ des plantes rouges étaient strictement identiques à la plante de la génération souche.
Tout cela s'explique aujourd'hui par le fait qu'une gamète (cellule reproductrice) ne contient qu'un seul facteur qui est héréditaire pour un caractère donné.
Il aura fallu cependant attendre trente ans après la découverte de ces résultats pour que ceux-ci soient finalement publiés par Vries, Correns et Tschermak.
William Bateson, en 1906, appellera cette nouvelle discipline la génétique et en 1909, Wilhelm Johannsen parlera pour la première fois de « gène ».
Au début du Xxe siècle, le temps particulièrement long de reproduction des plantes va pousser les scientifiques à utiliser la drosophile pour effectuer leurs études sur les mutations transmises d'une génération à une autre.
Thomas Morgan, en 1911, grâce à l'étude des mouches mutantes aux yeux blancs fournira la première grande définition des gènes qui seront reconnus pour être portés par les chromosomes et véhiculant des informations concernant des caractéristiques précises.
Dès 1907, l'eugénisme a tenté de s'approprier les travaux de la génétique en affirmant pouvoir améliorer l'espèce humaine par l'élévation des capacités physiques et mentales. L'humain serait ainsi entièrement déterminé par la génétique selon ce courant de pensée.
Ce mouvement très dangereux a été à l'origine de discriminations, de stérilisations et de sélections en tout genre pour éviter les « inadaptés » de se reproduire.
Des lois défendant cette idéologie ont été votées dans différents pays du monde et Théodore Roosevelt a même élaboré un discours pour la soutenir.
Le nazisme est ainsi considéré comme l'étape ultime de ce courant de pensée eugénique qui sera abandonné suite à la découverte des camps de concentration.
Dans les années 30, la vision inverse se développa en URSS par le biais de l'agronome Trofi Denissovitch Lyssenko, qui affirma que les découvertes de la génétique sont fausses et que l'Homme est exclusivement déterminé par son environnement. Ainsi par la modification de ce dernier, il serait donc possible de modifier les caractères héréditaires.
Staline s'appropria cette théorie et la fît s'appliquer par la terreur en envoyant les généticiens russes au goulag. Ces pratiques perdureront jusqu'en 1964 !
Ainsi, aussi bien dans l'eugénisme que dans le lyssenkisme, la science a été détournée pour défendre une idéologie.
En 1944, Oswald Avery et son équipe de par leurs travaux sur des bactéries découvrirent la véritable nature des gènes, à savoir que le matériel héréditaire était portée par l'ADN et que celle-ci pouvaitt transformer une cellule.
Pourtant, à l'époque leurs recherches étaient contestées par la communauté scientifique qui pensait alors que c'était les protéines qui étaient véhiculeurs de l'hérédité...
Ce n'est que dix ans plus tard, en 1953, que Watson et Crick ont travaillé sur la base de ces résultats et ont présenté le modèle en double hélice de l'ADN qui permît d'expliquer comment l'information génétique pouvait être portée par celle-ci. En effet, le gène n'est en fait qu'une petite portion de l'ADN.
Cette molécule se présente donc comme un gigantesque message qui permet de synthétiser des protéines qui ont pour but le fonctionnement, la régulation et l'évolution du corps.
De plus, cette découverte permît de montrer comment la molécule se reproduisait à l'identique d'une génération à l'autre. Pour ce faire, la double hélice doit se scinder en deux, puis un brin de celui-ci est répliqué permettant de se retrouver avec deux doubles hélices qui sont identiques avec l'originale.
Il est important de rappeler que cette découverte n'aurait jamais pu voir le jour sans Rosalind Franklin qui a réussi la même année à obtenir un cliché d'une molécule d'ADN.
Cette étape majeure a donné naissance à la biologie moléculaire qui a permis de mettre en évidence la présence de quatre molécules chimiques au sein de l'ADN qui sont à la base du code génétique: l'adénine, la guanine, la cytosine et la thymine.
Ce code considéré comme universel (commun à tous les êtres vivants) sera traduit dans les années 1960.
Dès lors, en 1972, un chercheur du nom de Paul Berg réussit à faire cohabiter le fragment d'ADN d'un virus avec celui d'une bactérie et ouvrit ainsi la porte à toutes les manipulations génétiques inimaginables et à toutes les craintes qui y sont associées.
Devant cette menace, Paul Berg décida de stopper ses recherches et d'organiser trois ans plus tard une conférence sur l'avenir de l'ADN recombinant.
A l'issue de cette dernière, il a été décidé de demander aux autorités d'établir des règles précises qui auraient pour but d'éviter tout débordement et de pouvoir reprendre les recherches.
Pourtant les questions éthiques n'ont pas été abordées durant cette réunion et elles restent encore aujourd'hui en grande partie en suspend...
Avec les progrès en génie génétique, il est désormais possible de transférer un gène d'un organisme à un autre pour le forcer à synthétiser une protéine spécifique. C'est ainsi que le diabète de type 1 est soigné par l'insuline.
Même si cette pratique s'est grandement démocratisée, il demeure un grand débat autour des OGM végétaux à cause du risque de modification de l'environnement, mais aussi pour d'autres raisons d'ordre économique ou politique.
Les grandes questions qui en ressortent sont de savoir si nous dépassons les limites naturelles qui nous ont-été imposées. Ou encore, si nous allons trop loin dans la modification du règne végétal et animal...
Février 1997 est la date de naissance de la première brebis ou mammifère cloné au monde...
Le principe utilisé a été de prendre un noyau dans un organisme et de le réintroduire dans un ovule, ce qui a abouti à la naissance d'un animal.
Cette naissance a engendré une vague de peur au sein de la population qui se demanda si le clonage ne pourrait pas être un jour appliqué à l'Homme. C'est pourquoi cette pratique a été interdite dans le monde entier jusqu'à aujourd'hui.
Mais imaginons que le clonage appliqué à l'Homme soit un jour autorisé... Comment sera considéré ce clone ? Sera-t-il appréhendé comme une sous-espèce ? Sera-t-il mis à l'écart ?
De plus, cela pourrait-il amener l'humanité à fonder un nouvel eugénisme ?
Il faut également penser qu'il sera tout à fait impossible de faire un individu en tout point identique, car même si le patrimoine génétique était identique, les facteurs environnementaux, eux, seront différents.
Alors que les recherches concernant le séquençage du génome humain a apporté encore plus de questions que de réponses, il ouvre cependant les portes à la connaissance du patrimoine génétique de chaque individu, mais aussi à la thérapie génique qui pourra servir à combattre beaucoup de maladies.
Le clonage thérapeutique consistant à obtenir à partir d'un embryon des cellules souches qui sont susceptibles de se transformer en n'importe quel autre type de cellule, permettra de régénérer de nombreux tissus lésés par certaines maladies.
Pourtant, cette technique pose de nouvelles questions éthiques car ces cellules souches doivent être prélevées à partir d'un embryon... Ce qui impose de réfléchir sur les limites de la vie.
L'avancée graduelle des possibilités offertes par la génétique n'est donc pas sans poser de nombreuses interrogations sur les applications futures. Si les limites ne sont pas suffisamment posées, il risque d'y avoir de lourdes conséquences...
En effet, la définition même de l'Humain ou encore celle de la vie risqueraient d'être revues avec de grandes répercussions éthiques.
Il est alors bon de se demander jusqu'où nous pouvons aller dans ces manipulations et si nous avons le droit de modifier les organismes vivants sans craindre un jour de lourds effets...