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La CIA et le trésor de guerre perdu de l’armée japonaise





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La CIA et le trésor de guerre perdu de l’armée japonaise - Vu 9374 fois.

1945 : alors que les Alliés viennent de faire main basse sur le trésor de guerre des nazis – 200 tonnes d’or et de bijoux entreposés dans une mine en Allemagne – celui des Japonais reste introuvable. Des rumeurs font état de centaines de tonnes d’or et de diamants pillés par l’armée japonaise dans les territoires qu’elle a occupés, mais si ce butin existe, il est impossible de savoir où il a été caché.

Pendant plusieurs décennies, ce trésor de guerre disparu va alimenter les spéculations les plus folles, suscitant l’intérêt de pays – Etats-Unis en tête – d’organisations plus ou moins sulfureuses, et de simples particuliers attirés par la perspective de faire fortune. Tous veulent faire main basse sur l’or volé par les Japonais, mais personne ne parvient à retrouver sa trace.

Au centre de cette nébuleuse, on retrouve le nom de YAMASHITA, général japonais chargé de la défense des Philippines. C’est ce militaire qui aurait organisé le rapatriement du trésor de guerre et sa mise en lieu sur ; mais exécuté pour crimes de guerre en 1946, YAMASHITA a emporté son secret dans la tombe.

Il faudra finalement attendre les années 80 pour qu’une opération d’envergure soit menée. Dirigée par un général Américain à la retraite, John SINGLAUB, elle a reçu l’aval de la CIA et des plus hautes autorités politiques. En effet, l’enjeu est de taille : dans un contexte marqué par la révélation de plusieurs scandales liés aux activités militaires secrètes de la CIA contre certains régimes communistes, il s’agit de trouver de nouvelles sources de financement en dehors du territoire des Etats-Unis. Or, le trésor de guerre japonais peut représenter cette manne providentielle dont les services secrets ont besoin. Dirigée depuis Manille, aux Philippines, l’opération « Chasse au trésor » connaîtra un dénouement des plus surprenants dont ce documentaire retrace l’histoire riche en rebondissements.

. Rencontre secrète

Le documentaire débute par une reconstitution aux allures de scène de film d’espionnage. Quatre hommes sont réunis dans une chambre de l’hôtel Mandarin Oriental, à Hong-Kong. Nous sommes en février 1987, et nous assistons au dénouement d’une incroyable traque au trésor qui a débuté quelques années plus tôt. Parmi les participants à cette réunion se trouve John SINGLAUB, général à la retraite spécialisé dans les opérations paramilitaires menées par la CIA.
SINGLAUB est le responsable de l’opération « Chasse au trésor », dont l’objectif consiste à récupérer le butin de guerre de l’armée japonaise. Depuis la capitulation du Japon en 1945, celui-ci n’a jamais été retrouvé. Or, SINGLAUB a tout lieu de croire que le trésor se trouve à Manille, aux Philippines, enterré sous Fort Santiago, une forteresse-prison utilisée par les Japonais pendant la guerre.

Il se base pour cela sur les conclusions d’une enquête minutieuse reposant sur l’étude de cartes, de documents d’époque, et sur les témoignages de dizaines de protagonistes. L’équipe, dont l’un des membres est un chasseur de trésor professionnel, Robert CURTIS, est réunie dans le plus grand secret à l’hôtel Mandarin Oriental pour régler les derniers détails de l’opération. Or, celle-ci s’avère pour le moins complexe. Derrière l’opération « Chasse au trésor » se trouvent en effet des réseaux d’influence impliquant les gouvernements Américain et Philippin ainsi que les services secrets et les militaires des deux camps. John SINGLAUB sait qu’il marche sur des œufs. Sa principale crainte est que la Chine, principale victime des pillages des Japonais, ne demande la constitution d’un Tribunal International chargé de statuer sur la restitution du trésor de guerre. Si c’était le cas, d’autres nations ne manqueraient pas de réclamer à leur tour leur part du trésor, gelant ainsi les recherches jusqu’à ce qu’un jugement soit rendu. Mais l’affaire va également faire remonter à la surface tout un pan obscur de l’histoire du Japon dans l’immédiat après-guerre : John SINGLAUB et ses associés ne sont pas au bout de leurs surprises.

. Trésor de guerre

L’histoire du trésor de guerre japonais remonte à la période 1937-1945. L’armée impériale japonaise occupe alors une partie de l’Asie. La Chine, Singapour et les Philippines sont tombées dans son escarcelle. Partout où ils arrivent, les Japonais se livrent au pillage et à l’accaparation de biens. Pour l’historien Michael SCHALLER, professeur à l’université de Tucson, un trafic de grande ampleur de ces richesses pillées ou extorquées se serait alors mis en place sous l’égide d’officiers de haut rang secondés par de véritables bataillons de criminels. Au fil des années, cette organisation aboutira à la constitution d’un incroyable butin.

De par leur situation géographique, les Philippines deviennent le principal centre de transit de ces richesses qui sont rapatriées vers le Japon. Mais avec le déclin de l’hégémonie maritime des japonais, à la fin de la guerre, le rapatriement du butin devient de plus en plus problématique, c’est pourquoi il est stocké aux Philippines dans des caches spécialement aménagées.

En 1945, la débâcle de leur armée ne laissera pas le temps aux Japonais de vider ces abris. Les routes maritimes vers le Japon sont alors coupées : l’or doit rester sur place. Mais personne ne sait où il est caché, et c’est ainsi que nait la légende du trésor enfoui de l’armée japonaise, bientôt alimentée par les rumeurs les plus incroyables.

. Yamashita

Ce trésor légendaire est indissociable du général japonais YAMASHITA. En 1944, ce militaire commandait les forces japonaises aux Philippines. Basé sur l’île de Luçon – la plus importante de l’archipel Philippin – il choisit une tactique de guérilla pour lutter contre les Américains. Au lieu de défendre les plages, il fit reculer ses troupes jusqu’à Baguio, dans l’intérieur du pays. Surnommée la « capitale d’été des Philippines », cette ville située dans les montagnes constituait un camp retranché idéal en vue de tenir le plus longtemps possible face aux Américains. Dans leur retraite, les troupes de YAMASHITA emportèrent la totalité de leur trésor de guerre, qui fut enfoui dans des galeries creusées dans les montagnes.
Une infime partie de ce trésor sera retrouvée par les troupes du général MACARTHUR après le débarquement des Américains à Luçon, le 15 janvier 1945. Mais il s’agissait seulement de quelques caisses contenant des lingots d’or et des billets de banque, alors que le trésor de guerre des Japonais était évalué à plusieurs centaines de tonnes d’or et de métaux précieux. Quant à YAMASHITA, condamné pour ses crimes de guerre à la peine capitale par un tribunal militaire américain, peu après la capitulation japonaise, il mourra sans avoir révélé l’emplacement de ce butin faramineux. Des années durant, son existence suscitera l’intérêt des chasseurs de trésor de toutes les nationalités ; Baguio et ses environs deviendront l’épicentre de recherches frénétiques, mais en vain. L’or des japonais semble bien s’être volatilisé.

. Or escamoté

Les chasseurs de trésor ne sont pas les seuls à supputer l’existence du trésor japonais. Depuis la fin de la guerre, les Américains soupçonnent en effet le Japon d’avoir escamoté une partie de son or au moment de passer sous tutelle Alliée, après la signature de l’acte de capitulation. Le général MACARTHUR est nommé commandant en chef de l’instance chargée de gouverner le pays, instance dont la mission consiste à superviser la reconstruction du Japon et le démantèlement des usines d’armement.

Au moment de la passation de pouvoir, le gouvernement Japonais avait déclaré détenir 200 tonnes d’or. Mais les services secrets américains estiment que ce montant était en réalité deux à trois fois supérieur. Les caisses de la Banque du Japon auraient en effet du contenir des tonnes d’or volé, or, les Américains n’y trouvèrent que quelques caisses contenant des lingots et quelques bijoux. Pour eux, il ne faisait donc aucun doute que le gros du trésor japonais était resté caché à l’étranger.

. Nouvelle donne

Un événement politique majeur allait permettre aux Américains de se lancer à la recherche de ce butin. Le 25 février 1986, un an avant le rendez-vous secret de SINGLAUB à Hong-Kong, Cory AQUINO était élue démocratiquement au poste de Présidente des Philippines. Destitué, son prédécesseur, le dictateur Ferdinand MARCOS trouva alors refuge aux États-Unis.

Considéré comme un proche du président REAGAN, il n’était pas question pour les Américains de chercher le trésor de guerre des Japonais aux Philippines tant qu’il y était au pouvoir. Mais la nouvelle donne politique change tout. 48 heures seulement après le départ de MARCOS, le directeur de la CIA convoque ainsi John SINGLAUB, qui reçoit le feu vert pour démarrer des opérations aux Philippines en vue de retrouver le trésor des japonais. SINGLAUB n’a pas été choisi par hasard : son statut d’électron libre va lui donner toute latitude pour organiser l’opération comme il le souhaite, mais surtout, pour agir en toute discrétion. La Maison Blanche et le Pentagone souhaitent en effet donner aussi peu de visibilité que possible à cette affaire.

. Manœuvres

Dans les coulisses de la Maison Blanche, c’est Richard T. CHILDRESS, conseiller à la sécurité nationale (1981-1988), qui tire les ficelles de toute l’opération, couvrant politiquement l’action des chercheurs de trésor. Dès le premier voyage officiel de Cory AQUINO, il va entrer en action par le biais de Teddy LOSSIN, un proche de la présidente Philippine. CHILDRESS évoque la mission semi-officielle du général SINGLAUB et parle à mots couverts de l’or japonais. Le but est de sonder les officiels Philippins sur leurs intentions concernant ce trésor qui serait enfoui sur leur territoire.

Selon le témoignage de LOSSIN, un accord sera rapidement trouvé entre les gouvernements Américain et Philippin. Il stipule que l’armée Philippine assurera la protection des Américains. Une fois récupéré, l’or sera transporté à bord d’un fourgon blindé de la Banque Centrale Philippine jusqu’à des hélicoptères de l’armée américaine, qui l’emmèneront jusqu’à une ancienne base militaire, où il sera stocké dans des blockhaus. 35% du butin sera alors cédé au gouvernement Philippin. John SINGLAUB et ses compagnons savent donc qu’ils peuvent compter sur un soutien sans faille du Pentagone, qui a réglé tous les détails de l’opération avec les hauts responsable de l’armée Philippine. Reste maintenant à mettre la main sur l’or.

. Fort Santiago

Les chasseurs de trésor ont tout lieu de croire que le butin du général YAMASHITA se trouve à Manille, enterré sous le Fort Santiago. Peu avant la fin de la guerre, 600 prisonniers Philippins ont été exécutés par les japonais dans cette forteresse-prison. Pourquoi cette exécution collective ? Recoupant les informations dont ils disposent avec des témoignages de l’époque, SINGLAUB et ses associés pensent que les Japonais ont utilisé les prisonniers pour transporter leurs caisses d’or dans les souterrains du fort, avant de les éliminer pour faire disparaître toute trace de cette opération. L’hypothèse est d’autant plus crédible que des sondages effectués sur place ont révélé l’existence d’une grande cavité située sous la forteresse. John SINGLAUB est persuadé qu’il s’agit de la cache du trésor.

. Les milliards de Marcos

SINGLAUB sait pourtant qu’il n’y retrouvera pas la totalité de l’or japonais. Une partie de celui-ci a en effet été récupérée par l’ex-président MARCOS. Engagé dans la Résistance Philippine, au nord de Luçan, MARCOS aurait découvert plusieurs caches d’or japonais lors de ses missions et récupéré ce butin après la guerre. Cet or aurait ensuite été fondu pour dissimuler sa provenance et déposé à la Banque Centrale des Philippines juste après la libération du pays. Ces faits feront l’objet de plusieurs rapports de la CIA après l’accession de MARCOS au pouvoir en 1966, rapports qui suggèrent qu’une grande partie des 12 milliards de dollars constituant la fortune personnelle du dictateur proviendrait du trésor de guerre Japonais. Mais ce n’est là qu’une infime partie du butin, et SINGLAUB espère bien mettre la main sur une quantité d’or beaucoup plus importante sous le Fort Santiago.

. Conseil pour la liberté mondiale

Ce n’est pas l’appât du gain qui motive SINGLAUB, mais la perspective qu’un certain pourcentage du butin récupéré sera reversé à l’organisation qu’il dirige : le Conseil pour la liberté mondiale. Créée en pleine Guerre Froide, cette instance secrète finance des guérillas de droite dans le monde entier, notamment au Nicaragua, où elle soutient l’action des Contras contre le gouvernement sandiniste démocratiquement élu.

Mais le contexte est tendu. Ce soutien tout ce qu’il y a de plus illégal des Etats-Unis à un groupuscule armé vient en effet d’accoucher de l’un des plus retentissants scandales politico-financiers depuis le Watergate : l’affaire Iran-Contra. Des ventes d’armes à l’Iran auraient ainsi servi à alimenter un fonds secret de la CIA destiné au financement des Contras au Nicaragua. Mise en cause, l’administration REAGAN à été sommée de s’expliquer devant une commission d’enquête du Congrès des Etats-Unis, et le Président lui-même a du reconnaître publiquement la réalité de ces agissements dans une allocution télévisée.

John SINGLAUB est l’un des principales personnalités mises en cause dans ce scandale ; contraint de s’expliquer sur ses activités au sein du Conseil pour la liberté mondiale devant la commission d’enquête du Congrès, il se retrouve entouré d’une aura particulièrement sulfureuse lorsque l’opération « Chasse au trésor » entre dans sa phase finale. Mais SINGLAUB ne peut pas s’en désengager ; il sait en effet qu’il lui sera désormais impossible d’utiliser des fonds réunis aux Etats-Unis pour continuer à alimenter son organisation : l’or Japonais devient alors sa dernière chance de financement du Conseil pour la liberté mondiale.

. Mirage

Mais les espoirs de SINGLAUB de retrouver le trésor de guerre japonais vont disparaître au fond du trou qu’il a fait creuser dans les entrailles du Fort Santiago. La cavité supposée renfermer des tonnes d’or et de métaux précieux s’avère en effet être complètement vide ! Plus tard, il apparaîtra clairement que c’est Ferdinand MARCOS qui, après la guerre, s’est emparé de tout ce qu’il y avait à découvrir aux Philippines en terme de butin japonais, c'est-à-dire essentiellement de petites caches d’or aménagées par l’armée de YAMASHITA durant sa retraite.

Quant aux 12 milliards de la fortune de MARCOS, ils proviendraient en majorité de l’accaparement des richesses du pays, le dictateur ayant mis sur pied une véritable « kleptocratie » au service de son enrichissement personnel. Et quand MARCOS commença à vider les caisses de la Banque Centrale, la légende de l’immense trésor de YAMASHITA arriva à point nommé pour couvrir ses activités criminelles. Le dictateur aurait donc sciemment joué la carte de cette légende pour entraîner les services secrets américains sur une fausse piste.

. Révélations

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Les formidables quantités d’or dérobées à la Chine par l’armée Japonaise restent en effet introuvables. Si la piste des Philippines se termine en cul-de-sac, où peuvent-elles être ? La réponse se trouve aux Archives Nationales Américaines. Les documents dont le documentaire révèle l’existence ont été déclassifiés en 2005 et sont présentés au public pour la première fois. Ils indiquent que durant l’occupation de Shanghai par l’armée Japonaise, entre 1943 et 1945, les militaires s’étaient attaché les services d’un certain Yoshio KODAMA, chargé de faire main basse sur tout l’or et les diamants possibles en Chine et de les mettre à l’abri.

A Shanghai, KODAMA avait ainsi mis sur pied une redoutable organisation criminelle qui agissait pour le compte de la marine de guerre japonaise. Un dossier de la CIA indique qu’il aurait amassé par ce biais un trésor considérable d’or, de platine, de radium, de diamants et de bijoux. Au moment de la débâcle de l’armée japonaise, KODAMA aurait profité du chaos qui régnait pour faire passer clandestinement ce butin au Japon en espérant l’utiliser à des fins personnelles.

. Coup de théâtre

Mais Yoshio KODAMA est arrêté par les Américains en 1946 et incarcéré à Tokyo. Accusé de crimes de guerre, il risque la pendaison. Le général MACARTHUR apprend alors par ses services secrets le rôle clé que KODAMA aurait joué à Shanghai dans l’accaparation des richesses chinoises pour le compte de l’armée japonaise. Celles-ci sont estimées à plus de 3 milliards de Yens, soit 1 milliard de dollars de l’époque. Mais où se trouve cette fortune ?

La libération de KODAMA en 1948 est un véritable coup de théâtre. Elle intervient en même temps que celle de Ryoichi SASAKAWA, un autre criminel de guerre qui s’avèrera plus tard avoir été le véritable chef de la cellule criminelle de Shanghai. Cette double libération a-t-elle été négociée par MACARTHUR en échange de révélations sur trésor de guerre japonais, voire d’arrangements occultes encore plus inavouables ? Hans BAERWALD, collaborateur du général MACARTHUR à Tokyo entre 1946 et 1948, est l’un des derniers témoins vivants de cette affaire. Interrogé dans le reportage, il évoque les remous provoqués par la libération de KODAMA et de SASAKAWA au sein du quartier général américain. Peu après cette libération, les hommes de MACARTHUR découvrent une cache souterraine contenant des lingots d’or et des pièces : une petite partie du butin ramené au Japon, et non aux Philippines comme on le croyait jusqu’alors.

. Opérations secrètes

Il est presque certain que d’autres caches ont été découvertes grâce aux informations données par KODAMA et SASAKAWA. Mais si l’or dérobé en Chine fut bel et bien récupéré, il ne fut pas pour autant restitué aux autorités de Pékin. En 1949, la Chine bascule en effet dans le camp communiste, créant de nouveaux rapports de force sur l’échiquier asiatique. La CIA craint que le Japon ne tombe à son tour aux mains des communistes. Dans ces conditions, il n’est plus question de restituer à la Chine les biens dont elle a été spoliée : le trésor de guerre japonais sera consacré au financement de la Guerre Froide.

Un rapport confidentiel de la CIA faisant partie des documents déclassifiés en 2005 indique ainsi qu’en échange de sa liberté, KODAWA s’était engagé à soutenir financièrement la guérilla anticommuniste dans le cadre d’opérations secrètes menées en Chine. Une partie de l’argent du criminel servira également à alimenter des caisses noires de la CIA, utilisées pour financer des hommes politiques Japonais appartenant à la mouvance nationaliste, viscéralement anti-communiste.
Avec l’appui de la CIA, KODAWA deviendra l’un des chefs les plus puissants des yakusas, les redoutables syndicats du crime japonais. Pendant plusieurs décennies, il sera l’un des hommes de l’ombre les plus influents du Japon, finançant des organisations de jeunesse de droite, faisant ou défaisant la réputation d’hommes politiques. En octobre 1960, c’est lui que l’on soupçonne d’être derrière l’assassinat du secrétaire général du Parti Socialiste japonais. A la fin des années 70, il fait de nouveau la une des journaux pour avoir touché plusieurs millions de dollars de l’avionneur américain Lockheed en vue de soudoyer le gouvernement japonais dans une affaire de contrats aéronautiques. Il sera finalement condamné pour fraude fiscale à l’issue de cette affaire et mourra peu de temps après, couvert d’honneurs.

. Criminel philanthrope

Le destin de SASAKAWA sera encore plus étonnant que celui de son acolyte. Après sa libération, le criminel se voit en effet accorder une licence de jeu qui va lui permettre d’édifier en quelques années un véritable empire – la Nippon Foundation – qui pèse aujourd’hui plus de 10 milliards de dollars. Cette licence fut la seule jamais accordée à un particulier au Japon, et de nombreux indices laissent à penser que cela fut rendu possible grâce à l’utilisation de l’or volé pour soudoyer des responsables politiques.

Comme KODAMA, SASAKAWA deviendra l’un des parrains les plus puissants des yakusas, finançant des groupuscules fascistes dans toute l’Asie. Mais à la fin des années 70, SASAKAWA effectuera un étrange virage philanthropique, offrant plus de 50 millions de dollars aux Nations Unies pour financer des actions humanitaires à travers le monde. Dans le cadre de ces activités philanthropiques, on le voit alors s’afficher aux côtés de personnalités du monde de la politique et des médias : Margaret TATCHER, Jimmy CARTER, Mère THERESA, et même le pape JEAN-PAUL II, qui le recevra chaleureusement à Rome. Par l’une de ces cruelles ironies du sort qu’affectionne souvent l’histoire, le criminel de guerre et chef de gang yakusa finira ainsi sa vie en endossant les habits d’un bienfaiteur de l’humanité.

. Fausse piste

Dès le départ, John SINGLAUB et ses compagnons se trouvaient donc sur une fausse piste. Alors qu’ils cherchaient le trésor de guerre japonais aux Philippines, celui-ci avait été d’abord été caché à Shanghai, puis passé en fraude au Japon. Ces centaines de tonnes d’or, de platine et de diamants, allaient servir à financer l’ascension de KODAMA et SASAKAWA dans le monde du crime organisé, et grâce à l’arrangement conclu avec MACARTHUR, à alimenter activités de la CIA dans sa lutte secrète contre la menace communiste en Asie.

EN RÉSUMÉ : mené comme une intrigue policière, avec ses rebondissements, ses fausses pistes, et ses révélations de dernière minute, ce documentaire passionnant démonte les rouages d’une formidable mystification relative au trésor de guerre de l’armée japonaise. Comme dans un roman d’espionnage, hommes politiques de premier plan, agents secrets, barbouzes, criminels de guerre, et chefs des gangs yakusas y tiennent tour à tour la vedette. Leurs agissements révèlent la trame d’une intrigue extraordinairement complexe, qui de fausses pistes en cul-de-sac, laissera finalement émerger une vérité très différente de celle que l’on supputait au départ.

Ces révélations éclairent aussi tout un pan méconnu de l’histoire de l’Asie, donnant à voir le rôle particulièrement trouble joué par la CIA dans le Japon d’après-guerre et les étranges arrangements qui furent conclus avec les criminels de guerre japonais au nom de la lutte contre la menace communiste. Au final, s’il fut un mirage pour certains – John SINGLAUB en tête – le trésor de guerre japonais s’avéra aussi pour d’autres un formidable instrument de pouvoir qu’ils utilisèrent sans vergogne afin d’assouvir leurs ambitions personnelles. Une vision édifiante – et quelque peu terrifiante – des mécanismes du pouvoir liés à l’argent…

La CIA et le trésor de guerre perdu de l’armée japonaise a été vue 9374 fois.

Complément : CIA



4 commentaire(s)

gegecat - 32 ans - 1788 pts - 54 vidéos - Fanatique - 06 Dec 11 11:25:08
Conviction : Sceptique
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Oui, très bon docu.
Deonoroth - 39 ans - 8 pts - 27 vidéos - Nouveau - 06 Dec 11 09:55:26
Conviction : Entre deux
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Oui, ce reportage est vraiment passionnant: bien construit, ne négligeant aucune piste, et bourré de témoignages directs des protagonistes de l'affaire, il nous replonge dans son déroulement particulièrement complexe.

Il est assez édifiant de constater que la fausse piste du trésor enfoui a été sciemment utilisée comme leurre pendant des décennies, tandis que ceux qui avaient récupéré cet or - KODAMA et SASAKAWA, les deux criminels de guerre japonais reconvertis en yakuzas - l'utilisaient pour asseoir leur pouvoir. Tout cela, bien entendu, avec la complicité de la CIA, qui récupérait au passage des fonds pour financer ses activités paramilitaires secrètes en Asie.
Twister - 21 ans - 138 pts - 6 vidéos - Aspirant - 05 Dec 11 20:32:34
Conviction : Aucune
Avertir le modérateur
Reportage passionnant ! smile
razdelyon2 - 21 ans - 415 pts - 50 vidéos - Chercheur - 05 Dec 11 12:20:11
Conviction : Sceptique
Avertir le modérateur
Super documentaire !

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