La bombe atomique secrète d'Hitler - Vu 7142 fois.
L’issue de la Seconde Guerre mondiale se joua-t-elle à Tinn, petite ville de Norvège située sur les bords d’un lac paisible ? A partir de 1942, cette tranquille bourgade du Comté de Telemark fut en effet le théâtre d’une formidable partie d’échecs entre espions Allemands, soldats de la Wehrmacht, résistants Norvégiens et services secrets Anglais et Américains, avec comme enjeu la production d’eau lourde de l’usine hydro-électrique de Vemork.
Pourquoi cette substance suscitait-elle la convoitise des Allemands et l’inquiétude des Alliés ? Tout simplement parce que l’eau lourde, nom familièrement donné à l’oxyde de deutérium, était indispensable au développement d’une nouvelle arme terrifiante que les scientifiques Allemands essayaient de mettre au point : la bombe atomique.
Pour les Alliés, qui venaient de se lancer dans la course à l’arme atomique (Projet Manhattan), il était impensable qu’Hitler puisse se doter avant eux d’une bombe de ce type. Ils multiplièrent donc les opérations commando et les bombardements sur l’usine de Vemork, sans cependant parvenir à stopper définitivement la production d’eau lourde. L’affaire fut définitivement réglée en 1944, lorsque les résistants Norvégiens réussirent à couler le ferry transportant la totalité de l’eau lourde produite à Vemork, que le Reich aux abois tentait de rapatrier à Berlin.
Mais certains doutes ne furent jamais levés. Pourquoi l’opération de la Résistance Norvégienne fut-elle si facilement exécutée ? Les Allemands avaient-ils eu vent du projet de sabotage, utilisant une fausse cargaison d’eau-lourde pour leurrer les résistants ? Quant au projet d’arme atomique des Allemands, était-il aussi avancé que le supposaient les Alliés ? Ce documentaire, dont le fil rouge est une expédition menée par des plongeurs sur le lac Tinn afin de retrouver les barils d’eau lourde engloutis, tente de répondre à ces questions.
. Usine stratégique
Le documentaire effectue tout d’abord un détour chronologique par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Le 9 avril 1940, l’Allemagne envahit la Norvège, violant sa neutralité vieille de 125 ans. Sur le plan militaire, s’emparer de ce petit pays du nord de l’Europe ne présente aucun intérêt stratégique. Mais ce n’est pas cela qui intéresse Hitler. Dès leur entrée en Norvège, où elles ne rencontrent pratiquement pas de résistance, les troupes de la Wehrmacht foncent droit vers la région du lac Tinn. Leur but est de s’emparer de l’usine hydro-électrique de Vemork, à l’époque la plus puissante centrale du monde.
L’électricité de la centrale alimente des unités de production d’ammoniaque, élément indispensable à la fabrication d’engrais et d’explosifs, tous deux vitaux pour le Reich d’Hitler. Mais le véritable intérêt des Allemands est ailleurs. Une partie de l’usine de Vemork abrite en effet des cellules à haute concentration servant à produire de l’oxyde de deutérium, autrement dit de l’eau lourde. Ce site est le seul au monde dédié à la fabrication de cette substance récemment découverte qui attise l’intérêt des scientifiques spécialisés dans les recherches sur l’atome. Dès leur arrivée, les Allemands vont doubler la capacité de production des cellules à haute concentration. Parallèlement, la sécurité autour de l’usine de Vemork est considérablement renforcée.
. Guerre secrète
Cette bunkérisation du site pique l’attention des ouvriers. Que se passe-t-il à Vemork qui justifie un tel luxe de précautions ? Une cellule secrète, rattachée à la Résistance, est créée afin de surveiller les activités des Allemands. Knut Lier HANSEN, qui appartenait à ce réseau, explique comment des informations furent recueillies à propos de la production d’eau lourde, puis transmises services secrets Britanniques par le biais de la Résistance norvégienne.
Dès qu’ils prennent connaissance de ces rapports, les Anglais voient se profiler le spectre de la menace atomique. Ils savent en effet que l’eau lourde entre dans la fabrication d’une bombe atomique et ne se font guère d’illusions sur le but poursuivi par les Allemands en doublant la capacité de production de l’usine de Vemork. Cette nouvelle est un véritable coup de tonnerre. En effet, si Hitler parvient à se doter de l’arme atomique et à en équiper ses fusées V2, la guerre sera perdue. Les Britanniques vont donc s’engager dans une véritable guerre secrète qui, pendant deux ans, va avoir pour but de d'endommager ou de détruire les installations de Vemork. Des commandos Norvégiens font tout d’abord sauter l’usine, mais les Allemands réussissent à redémarrer la production en trois mois. En novembre 1943, l’aviation Américaine bombarde le site, mais l’unité de production d’eau lourde est miraculeusement épargnée.
. Opération commando
En 1944, le Reich est au bord de la défaite. Face à l’étau qui se resserre sur eux, les Allemands décident de rapatrier les installations d’eau lourde, et les 15 tonnes de cette substance déjà produites, à Berlin. En jouant ainsi leur va-tout, ils espèrent pouvoir finaliser au plus vite les recherches sur l’arme atomique afin de renverser le cours de la guerre. Mais la Résistance norvégienne a vent du projet. Elle contacte immédiatement les services secrets Anglais, qui envoient l’ordre d’empêcher à tout prix l’eau lourde de parvenir à Berlin.
Pour être acheminée jusqu’en Allemagne, l’eau lourde doit voyager par train depuis l’usine de Vemork, située dans les montagnes, jusqu’à la vallée, puis traverser le lac Tinn à bord d’un ferry. C’est là que Knut Lier HANSEN et ses camarades veulent agir. Couler le ferry enverra les barils d’eau lourde dans les profondeurs du lac, les rendant irrécupérables pour les Allemands. Mais cela provoquera aussi la mort de nombreux passagers. Ils font part de leur cas de conscience aux services secrets Anglais, mais ceux-ci restent inflexibles : la cargaison d’eau lourde doit à tout prix être détruite, peu importe les dégâts collatéraux que l’opération occasionnera.
La Résistance norvégienne entre donc en action. Durant la nuit précédant le chargement de la cargaison d’eau lourde à bord du ferry – l’Hydro – un commando s’introduit dans les cales pour y placer une bombe à retardement. Tôt le lendemain matin, la cargaison d’eau lourde est chargée tandis que la minuterie de la bombe égrène son compte-à-rebours mortel. L’Hydro doit larguer les amarres à 9h30, mais à 10h il est toujours à quai. Il partira finalement quelques minutes plus tard, au grand soulagement des résistants, qui redoutaient que la bombe explose alors que le navire se trouvait encore en eaux peu profondes.
. Leurre ?
L’explosion éventre la partie arrière du ferry, qui coule rapidement. 14 personnes se noient durant le naufrage, mais à l’exception regrettable de ces pertes humaines, la mission est un succès total pour la Résistance : l’Hydro a en effet sombré dans la partie la plus profonde du lac Tinn, où les Allemands ne pourront jamais récupérer la cargaison d’eau lourde. La nouvelle de ce succès est immédiatement transmise aux services secrets Anglais, qui félicitent les résistants pour l’efficacité de leur action. Mais derrière ce soulagement pointe une certaine inquiétude. Un certain nombre d’anomalies attire en effet l’attention des spécialistes du renseignement Britanniques. Pourquoi la cargaison d’eau lourde, si importante pour les Allemands, ne bénéficiait-elle pas de mesures de protection exceptionnelles ? Aucune sentinelle Allemande n’avait en effet été affectée à la surveillance du convoi ferroviaire, lors du transport de l’eau lourde depuis le site de Vemork jusqu’au lac Tinn. Et les Allemands s’étaient contentés de charger les barils dans les cales du ferry, paraissant faire peu de cas de cette cargaison.
Les Anglais sont méfiants : l’opération de sabotage semble avoir été trop facile à réaliser. Dans le doute, ils demandent aux résistants Norvégiens de s’assurer que la cargaison de l’Hydro était bien constituée de barils d’eau lourde, mais ceux-ci sont dans une impasse : les barils gisent au fond du lac Tinn, inaccessibles à tout jamais. Après la guerre, il apparaîtra qu’un certain nombre de barils d’eau lourde parvinrent jusqu’à Berlin, ce qui accrédite l’hypothèse d’une machination orchestrée par les Allemands en vue de leurrer la Résistance norvégienne. L’Hydro et sa cargaison auraient été volontairement abandonnés à leur sort afin de permettre à l’eau lourde fabriquée à Vemork de quitter la Norvège par d’autres moyens. Mais quelle était dans ce cas la cargaison qui a coulé avec l’Hydro, et quelle importance l’eau lourde avait-elle dans le projet nucléaire des nazis ?
. Exploration sous-marine
Pour résoudre ce qui apparait comme l’un des derniers grands mystères de la Seconde Guerre mondiale, une équipe de plongeurs dirigée par l’archéologue sous-marin Brett PHANEUF va tenter de localiser l’épave de l’Hydro et de récupérer sa cargaison. Ils verront ainsi s’il s’agissait bien d’eau lourde, ou si celle-ci a pu, en 1944, quitter secrètement la Norvège à la faveur d’opérations menées par les Allemands.
5 tonnes d’équipements spéciaux sont nécessaires afin de mener à bien cette recherche. En effet, le lac Tinn est l’un des lacs les plus profonds du monde, et les plongeurs ne peuvent s’y aventurer dans un matériel de pointe. Leur but est de faire « parler » l’épave de l’Hydro, afin de jeter un nouvel éclairage sur cet épisode particulièrement mystérieux de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
La première étape du travail des plongeurs consiste à localiser puis à inspecter l’épave du ferry à l’aide d’un robot sous-marin équipé de puissants projecteurs, de caméras et de sonars. Les témoignages des survivants de la catastrophe ont permis aux investigateurs de délimiter une zone de recherche qu’ils estiment être celle où l’Hydro a coulé. Après sa mise à l’eau, il faudra environ 20 minutes au robot pour atteindre le fond du lac Tinn ; l’exploration de ces profondeurs glacées situées à plusieurs centaines de mètres sous la surface peut alors commencer. Au bout de quelques minutes, le sonar du robot accroche la masse de l’épave. Les projecteurs et la caméra sont alors mis en marche afin d’inspecter celle-ci. Des images très spectaculaires de l’Hydro illustrent cette partie du documentaire, permettant de découvrir un navire resté dans un état remarquable malgré plusieurs décennies sous l’eau. Mais pour l’instant, aucune trace des barils d’eau lourde n’est décelée.
. Deutérium
S’ils mettent la main sur cette cargaison, Brett PHANEUF et ses compagnons peuvent compter sur l’aide du professeur Dave WARK, physicien spécialiste des propriétés nucléaires de l’eau lourde, qui procèdera aux analyses du contenu des barils. Dans une partie du documentaire assez technique, le chercheur explique le procédé de fabrication de l’eau lourde et ses propriétés. Chimiquement, sa formulation est identique à celle de l’eau normale, mais les atomes d’hydrogène dont elle est composée sont des isotopes lourds, leur noyau comporte un neutron supplémentaire, en plus du proton présent dans chaque atome d’hydrogène. Celui-ci est appelé deutérium. Comme l’hydrogène classique, le deutérium se combine à l’oxygène pour former une nouvelle sorte d’eau, appelée eau lourde. Cette appellation familière vient du fait que, congelée, elle coule à pic lorsqu’on la plonge dans de l’eau, contrairement à la glace classique, qui flotte.
. A la découverte de l’Hydro
Sur le lac Tinn, l’inspection de l’épave se poursuit. Sa position permet aux plongeurs de reconstituer le scenario du naufrage : après l’explosion, l’Hydro coula par la proue, aujourd’hui enfoncée dans le lit du lac. Le témoignage d’une survivante les amène à se poser des questions : coincée dans les pâles de l’hélice lorsque le ferry commença à s’enfoncer sous les flots, celle-ci évoque la partie arrière du navire déchirée par l’explosion, et parle de barils qui s’en échappaient, remontant à la surface. Or, si les barils que contenait l’Hydro étaient remplis d’eau lourde, il était impossible qu’ils flottent. Pour en avoir le cœur net, Brett PHANEUF et son équipe doivent maintenant retrouver ces barils.
Dans les cales de l’épave, les wagons-plateaux qui avaient été chargés à bord de l’Hydro auraient du abriter les restes cette cargaison, mais l’explosion les a retournés et tout semble avoir été écrasé. Heureusement, d’autres barils projetés par l’explosion reposent un peu plus loin, coincés entre l’épave du ferry et le fond du lac. Ils semblent être intacts, mais le fait qu’ils soient ensevelis sous des tonnes de ferraille empêche tout repêchage. Les plongeurs espèrent cependant que la poursuite des investigations va leur permettre de découvrir d’autres barils pouvant être remontés à la surface.
. Dans les coulisses de la bombe atomique
Ménageant le suspens sur ces investigations, le documentaire nous emmène dans un nouveau flash-back aux origines des recherches sur la bombe atomique, sous la houlette du très pédagogique Dave WARK. Le physicien nous explique que l’histoire de l’énergie atomique commença en 1938 à Berlin, quand des scientifiques Allemands découvrirent le principe de la décomposition d’un noyau d’uranium sous l’action d’un neutron incident : le phénomène de la fission nucléaire venait d’être identifié. De là découla l’idée d’une réaction en chaine pouvant libérer d’immenses quantité d’énergie ; les physiciens comprirent aussitôt que cette découverte leur ouvrait la perspective d’une fabrication d’explosifs nucléaires d’une puissance inimaginable jusqu’alors.
L’émoi provoqué par cette découverte est considérable au sein de la communauté scientifique. Les armées du Reich ont déjà commencé à annexer une partie de l’Europe, et la grande guerre tant redoutée semble désormais inévitable. Si Hitler parvient à se doter le premier de l’arme atomique, rien ne pourra plus arrêter l’expansion du nazisme, en Europe, puis dans le monde entier. Ce constat est d’autant plus terrifiant que l’Allemagne nazie dispose de scientifiques capables de mener à bien ce projet de bombe atomique. Parmi ceux-ci, on trouve Werner HEISENBERG, à qui ses travaux sur la mécanique quantique ont valu un Prix Nobel en 1920. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’armée Allemande sera ainsi la première à lancer un programme de recherche nucléaire secret.
Interrogé dans le reportage, Carl Friedrich Von WEIZSÄCKER fut, en compagnie d’HEISENBERG, l’un des scientifiques chargés de mener à bien ce programme. Il explique à quel point lui-même et les autres membres du projet avaient conscience du tournant décisif que serait pour l’humanité l’apparition de l’arme atomique. Von WEIZSÄCKER et HEISENBERG comprirent très tôt qu’ils ne fabriqueraient pas une telle arme avec de l’uranium ordinaire, mais que celui-ci devait être préalablement transformé en plutonium. Or, le plutonium est issu de la fission de l’uranium dans un réacteur nucléaire. C’est là qu’intervient l’eau lourde, élément clé du processus du contrôle de la fission de l’uranium à l’intérieur du réacteur. Pour mettre leurs théories en pratique, les Allemands avaient donc besoin de quantités importantes de cette substance : elle était le chaînon indispensable de la transformation de l’uranium en plutonium. Et c’est afin de s’accaparer l’eau lourde de Vemork, seul site de production mondiale, qu’Hitler envahit la Norvège.
. Projet Manhattan
Les Allemands ne sont cependant pas les seuls à avoir théorisé le principe de la bombe atomique. Les scientifiques Anglais et Américains sont arrivés à la même conclusion. Dès le début de la guerre, ils mettent en commun leurs connaissances dans le cadre du Projet Manhattan, dont le siège se trouve à Los Alamos, au Nouveau Mexique (Etats-Unis). Ce projet titanesque dispose de moyens faramineux, à la fois sur le plan scientifique, industriel et financier. Mais les Alliés savent que tous leurs efforts seront vains si les Allemands fabriquent la bombe atomique avant eux. L’eau lourde, indispensable à la poursuite du projet Allemand, va donc devenir l’enjeu d’une lutte cruciale entre les deux camps. Pour les Allemands, il s’agit de protéger coûte que coûte l’usine de Vemork qui fabrique cette substance, alors que l’enjeu est exactement l’inverse pour les alliés : la source d’approvisionnement du Reich en eau lourde doit être tarie à tout prix. Cette guerre secrète trouvera son épilogue avec le naufrage de l’Hydro, coulé par les résistants Norvégiens, et censé avoir définitivement privé les Allemands d’eau lourde. Mais est-ce bien certain ?
. Quand le lac Tinn livre ses secrets
Sur le lac Tinn, Brett PHANEUF et son équipe s’apprêtent justement à remonter un baril intact. C’est le moment décisif qu’ils attendaient : Dave WARK va enfin pouvoir analyser son contenu et dire s’il s’agissait oui ou non d’eau lourde. L’opération est délicate, le baril est profondément enfoncé dans les sédiments du fond, et toutes les compétences des membres de l’équipe sont sollicitées pour le remonter sans dommage. Ce sera finalement chose faite au bout de plusieurs heures. Reste à présent à s’assurer qu’il n’a pas été contaminé par l’eau du lac Tinn ; pour cela Dave WARK explique qu’il va utiliser la méthode du pH, mesurant le niveau de basicité de l’eau. Si l’eau du baril et celle du lac ont un pH identique, cela voudra dire qu’il y a eu contamination, sinon le scientifique pourra poursuivre ses analyses en vue de déceler des traces d’eau lourde.
Malgré 60 ans passés dans le fond glacé du lac Tinn, le baril remonté est dans un état remarquable. On aperçoit encore les traces d’un numéro 26 floqué sur une zone miraculeusement épargnée par la corrosion. Aucune fuite n’est décelée au premier examen, et il est bien rempli de quelque chose. L’ouverture du bouchon constitue un grand moment d’émotion pour l’équipe de plongeurs. Dave WARK extrait un échantillon d’un liquide translucide, semblable à de l’eau, très légèrement visqueux. Son pH beaucoup plus important que celui de l’eau du lac exclut toute possibilité de contamination. Les plongeurs jubilent : tout incite en effet à croire qu’ils ont mis la main sur un baril d’eau lourde.
En plus des analyses qui vont être pratiquées en laboratoire, le numéro relevé sur le baril va également livrer de précieuses informations. Les archives de l’usine de Vemork renferment en effet la liste exacte de la cargaison qui était censée se trouver sur l’Hydro lorsque celui-ci a coulé. Ce registre indique que la concentration d’eau lourde dans le baril n°26 n’était que de 1%. Une concentration aussi faible va nécessiter des analyses très poussées afin d’être détectée, mais Dave WARK et ses collègues disposent de tout l’équipement nécessaire pour faire « parler » le contenu du baril. Leur verdict est sans appel : l’eau a bien été enrichie en eau lourde.
. Mirage Allemand ?
Ce résultat corrobore donc la thèse selon laquelle l’Hydro transportait bien de l’eau lourde lors de son naufrage. La théorie des faux barils ne tient plus. Un second mystère va être résolu par les enquêteurs grâce à l’étude des archives de l’usine de Vemork. Celles-ci indiquent en effet que les barils contenant une l’eau avec les plus forts taux de concentration d’eau lourde n’étaient remplis qu’à moitié, ce qui explique pourquoi certains flottèrent après le naufrage. Ce sont probablement ces barils, récupérés par les Allemands, qui parvinrent jusqu’à Berlin.
Un autre fait est également mis en évidence : malgré le volume de la cargaison d’eau lourde présente à bord de l’Hydro, celle-ci était très diluée. Au total, les investigateurs estiment la quantité totale d’eau lourde à environ 500kg, alors qu’il en aurait fallu près de 5 tonnes aux Allemands pour faire fonctionner un réacteur nucléaire destiné à fabriquer du plutonium, sans parler des dix réacteurs ou plus nécessaires à la production d’une quantité suffisante à la fabrication d’une arme nucléaire. Les Alliés se seraient-ils mépris sur les intentions des nazis ? L’eau lourde Norvégienne était-elle réellement destinée à un programme nucléaire secret ?
. Opération ALSOS
L’histoire finira par livrer sa vérité. Quelques mois après le naufrage de l’Hydro, le Reich s’effondre sous la percée militaire des Alliés. Derrière la ligne de front opèrent les membres d’une opération secrète nommée Alsos ; leur rôle consiste à ratisser le territoire Allemand à la recherche des installations liées au programme d’armement nucléaire nazi, dont les Alliés sont persuadés qu’il se trouve à un stade déjà avancé. Mais ces agents ont beau fouiller chaque recoin des territoires libérés, ces installations restent introuvables. C’est finalement à Haigerloch, une petite ville de Bavière, qu’ils trouveront ce qu’ils cherchent, quelques jours avant la capitulation du Reich. Mais le site qu’ils découvrent sous l’église, lieu de destination de l’eau lourde norvégienne, n’est qu’un laboratoire de fortune, à des années lumière du gigantisme des installations du Projet Manhattan. L’endroit n’abrite qu’un seul réacteur expérimental que les scientifiques Allemands ne sont semble-t-il jamais parvenus à faire fonctionner. Il faut se résoudre à l’évidence : la bombe nucléaire nazie, qui avait suscité tellement de craintes chez les Alliés, n’était qu’un mirage.
L’historien Mark WALKER, interrogé dans la conclusion du documentaire, évoque la raison principale de ce fiasco Allemand. Elle remonte pour lui au tout début de l’année 1942 : alors que le Projet Manhattan démarre aux États-Unis, les Allemands, persuadés que le développement de l’arme atomique sera trop coûteux en temps et en énergie, renoncent à leur programme. Cette décision surprenante s’inscrit dans le cadre d’une vision à très court terme de la guerre. Pour les Allemands, celle-ci sera gagnée rapidement ou bien perdue : ils ne voient donc pas l’intérêt de développer un programme nucléaire qui aboutira de toute façon après l’issue du conflit. Le projet nucléaire Allemand passe donc sous contrôle civil. La cargaison d’eau lourde norvégienne était destinée à un petit réacteur expérimental, ce qui explique qu’elle ait été si peu surveillée.
Les doutes des résistants norvégiens quant à l’utilité de couler l’Hydro étaient donc justifiés. Mieux que les services secrets Britanniques, ils avaient compris le peu d’importance de la cargaison d’eau lourde. De là à dire que les civils tués pendant le naufrage du ferry périrent inutilement, il y a un pas que le documentaire n’hésite pas à franchir dans ses dernières minutes. Mais ces hommes avaient-ils réellement le choix ? Quand il y a le moindre risque qu’un personnage comme Adolf HITLER puisse disposer d’une arme aussi terrifiante que la bombe atomique, peut-on hésiter un seul instant à appliquer le principe de précaution, quand bien même cela doit aboutir à la mort d’innocents ?
EN RÉSUMÉ : Bien construit, bien narré, dosant intelligemment les reconstitutions, les explications, les interviews et la partie reportage consacrée à l’expédition chargée de retrouver l’épave de l’Hydro, ce documentaire sans temps mort nous fait revivre les principaux épisodes de l’affaire de l’eau lourde Allemande. Démontrant que les Alliés, alors eux-mêmes en pleine course à l’armement atomique, fantasmèrent une grande partie du programme d’armement nucléaire Allemand, il révèle que l’Histoire se bâtit parfois sur des malentendus. En effet, c’est peut-être à quelques barils d’eau lourde coulés au fond d’un lac de Norvège que l’on doit la mise en route du Projet Manhattan, qui aboutira à la fabrication des premières bombes atomiques Américaines et à leur utilisation contre le Japon en 1945.
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