Éphèse : Métropole du monde antique

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Éphèse : Métropole du monde antique
Située sur le littoral sud de l'Asie Mineure, dans l’actuelle Turquie, au nord-est de l’île de Samos, Éphèse fut l'une des plus anciennes et des plus importantes cités grecques de l’Antiquité. Construite près de l'embouchure du fleuve Caystre, la cité devint l'un des ports les plus actifs de la mer Égée, ce qui apporta richesse et prospérité à ses habitants. Mais bien plus qu’à sa puissance économique, c’est à l’Artémision, le grand sanctuaire dédié à Artémis, la déesse tutélaire de la cité, qu’Éphèse dut sa renommée à travers tout le monde antique. Considéré comme l’une des Sept merveilles du monde, cet édifice aux proportions démesurées plaça la cité au centre d’une intense activité culturelle. Des personnages célèbres tels que CÉSAR, MARC ANTOINE, ou encore CLÉOPÂTRE, vinrent à Éphèse, contribuant à sa célébrité.

A l’apogée de sa puissance, la renommée d’Éphèse à travers le monde antique pouvait se comparer à celle d’Alexandrie, d’Antioche, voire de Rome. Curieusement, l’histoire a cependant fini par oublier le nom de cette grande métropole antique dont la population atteignit tout de même les 300 000 habitants. Tombée en décrépitude, prisonnière d’une gangue de terre et d’oubli, Éphèse ne devait être redécouverte qu’au 19ème siècle, grâce aux efforts successifs d’archéologues Britanniques et Allemands. Aujourd’hui, ces vestiges particulièrement impressionnants se dressent près des villes de Selçuk et Kusadasi, dans l'Ouest de l'actuelle Turquie. Ce documentaire nous emmène pour une plongée dans le passé d’Éphèse, à la découverte de ses sites les plus spectaculaires et du quotidien de ses habitants…

. Entre mythe et histoire

L’origine d’Éphèse se perd dans la nuit des temps. La tradition grecque attribue la fondation de la cité à Androclos, l'un des fils du roi Codros, qui avait été envoyé avec ses frères conquérir cette région du monde grec antique située à l'ouest de l'Asie mineure, appelée l'Ionie. Avant le départ d’Androclos, un oracle lui avait prédit qu’il devrait fonder une cité à l'emplacement indiqué par un sanglier et un poisson. Cette prédiction se réalisa quand, au cours de la préparation d'un dîner, un poisson encore vivant s'échappa du plat de cuisson, entraînant avec lui des braises qui embrasèrent un buisson. Un sanglier affolé en jaillit, chargeant Androclos et ses compagnons. Heureusement, le prince put s’emparer à temps d’une lance et transpercer la bête sauvage. Comprenant que la prédiction de l’oracle venait de se réaliser, il décida alors de fonder la cité d’Éphèse à cet endroit.

Mais ce récit fondateur est concurrencé par d’autres chroniques, qui entremêlent inextricablement histoire et mythologie. Certains chercheurs pensent ainsi que la cité aurait pu voir le jour suite à la chute d’une météorite. Le nom de l’un des patrons de la cité – Diopeithes Agalma, « l’effigie qui tombe du ciel » – suggère en effet un rapport avec un événement céleste. Or nous savons que les populations de l’Antiquité vénéraient les météorites ; le site de la collision aurait ainsi pu être considéré comme sacré par les bâtisseurs de l’époque, qui le choisirent pour y ériger une cité. La légende raconte qu’un symbole en forme de pilier de bois, entouré d’un essaim d’abeilles bourdonnantes, dépassait de l’endroit où cette météorite avait touché la terre. Par la suite, ce lieu fut considéré comme un Asylon, un lieu de refuge placé sous la surveillance d’une divinité primitive.

Ce qui est certain, c’est que l'occupation de la région d'Éphèse remonte au Ve millénaire avant J. C., comme le démontrent les découvertes archéologiques qui ont été réalisées sur le site. Le premier foyer de peuplement humain important se trouvait sur les pentes nord-est de la colline d'Ayasoluk. Pour les archéologues, il est peut-être à relier à la présence d’une source d’eau pure à cet endroit. Durant le néolithique, ces sources servaient en effet de lieux de culte, générant de grands rassemblements de population.

Les mythiques amazones évoquées par Homère dans l’Iliade sont également associées à l’histoire d’Éphèse . Certains récits en font les premières découvreuses de la source sacrée. Très courantes dans l’art grec, elles sont aussi représentées dans de nombreuses sculptures, fresques et ornements retrouvés à Éphèse. Cavalières émérites, elles étaient équipées d’un bouclier léger en forme de demi-lune, d’une lance et d’un arc, et portaient des tuniques courtes afin de pouvoir chevaucher facilement. Aujourd’hui, les chercheurs s’accordent à penser que les amazones seraient des figures symboliques associées aux guerriers minoens et hittites. Quoi qu’il en soit, on retrouve leur influence dans le culte d’Artémis, déesse grecque de la chasse et de la nature sauvage, dont le temple construit à Éphèse – l’Artémision – fut l’un des plus importants sanctuaires de l’Antiquité.

. Découverte archéologique

L’histoire d’Éphèse demeura enfouie sous terre pendant plusieurs millénaires, jusqu’à ce que l’archéologie s’y intéresse, à la fin du 19ème siècle. C’est à l’archéologue Anglais John TURTLE WOOD (1821-1890) que l’on doit la découverte du soubassement de marbre de l’Artémision – le temple dédié à la déesse Artémis, considéré comme l’une des Sept Merveilles du Monde Antique – en 1869. Mais le travail d’excavation était long et coûteux, et le British Museum, qui finançait les travaux, ne tarda pas à supprimer les fonds alloués à ce projet. Il fallut alors attendre 1895 pour qu’une nouvelle équipe d’archéologues Autrichiens reprenne les fouilles. Sous la houlette d’Otto BENNDORF, fondateur de l'Institut Archéologique Autrichien, celles-ci furent caractérisées par un changement radical d’orientation : les découvertes spectaculaires, comme celle du temple d’Artémis, n’étaient plus l’unique but des archéologues, qui s’attachaient surtout à obtenir une représentation la plus détaillée possible des vestiges qu’ils fouillaient. Strate après strates, en élargissant sans cesse le périmètre de leurs travaux, BENNDORF et ses compagnons firent ainsi sortir de terre des pans entiers de la métropole antique, retrouvant le tracé de ses rues, les emplacements de ses habitations et de ses commerces, exhumant les vestiges de ses temples et de ses bâtiments prestigieux.

En un siècle, le monde antique s’est ainsi trouvé ressuscité à Éphèse. Pour cela, les archéologues ont restauré des centaines d’objets, de fresques, de mosaïques et de statues, et même reconstitué des bâtiments entiers qui se dressent aujourd’hui sur le site, témoins figés de ce passé millénaire. Ces bâtiments et ces objets témoignent de l’omniprésence des symboles incarnant les héros et les divinités dans le quotidien des Éphésiens, évoquant les racines légendaires de la cité et retraçant les différents épisodes de son histoire.

Un symbole revient de manière récurrente : celui de l’abeille. Dans l’histoire légendaire d’Éphèse, elle est associée au mythe du dieu de la fertilité, Telepinus. La légende raconte que celui-ci se retira un jour subitement du monde, emportant avec lui toutes les fleurs et tous les fruits. La déesse Kubaba envoya alors une abeille à sa recherche. Au terme d’un long périple, celle-ci parvint à retrouver Telepinus et à le convaincre de revenir dans le monde des hommes, rétablissant ainsi le règne végétal sur Terre. Cette symbolique de la fertilité montre qu’Éphèse jouissait d’un immense prestige durant l’Antiquité : prenant pour symbole l’abeille dépêchée par Kubala, la cité revendiquait son statut de ruche bourdonnante où les hommes de l’antiquité pouvaient trouver puissance, richesse et prospérité.

D’autres abeilles permettent aujourd’hui de jeter un éclairage nouveau sur l’histoire d’Éphèse : ce sont les satellites à très haute résolution qui bourdonnent au-dessus de nos têtes. Leurs images ont permis aux archéologues de délimiter les contours d’Éphèse et de retracer son évolution urbanistique au fil des siècles. Actuellement, les vestiges d’Éphèse se trouvent dans l’intérieur des terres, à 5 km de la côte. Mais il y a 3000 ans, la ville avait littéralement les pieds dans l’eau. Cette situation privilégiée, au carrefour de plusieurs routes maritimes importantes, et au débouché d’autres grandes voies de communication venant de l’intérieur des terres, constituait un atout majeur pour le rayonnement de la cité.

. Sous le signe d’Artémis

L’un des premiers bâtiments d’Éphèse fut une forteresse en bec de corbeau construite en hauteur par les colons Ioniens – Androclos et ses compagnons – lorsqu’ils accostèrent sur le site de la future Éphèse. De nature guerrière, les Ioniens éliminèrent les populations autochtones pour s’assurer le contrôle total du territoire, détruisant les constructions déjà présentes sur le site. Seul un sanctuaire situé sur la côte nord de la baie fut épargné, mais les habitants furent contraints de prêter serment et devinrent les vassaux des Ioniens.

Par la suite, ce sanctuaire deviendra l’emplacement du temple d’Artémis. Fille de Zeus et de Léto, sœur jumelle d'Apollon, Artémis était la déesse Grecque de la chasse, et l’une des divinités associées à la Lune. Elle est l’équivalent de la déesse Diane dans la mythologie romaine. Surnommée la « Bruyante », Artémis symbolise le monde sauvage. Dans les récits mythologiques, elle est souvent représentée parcourant la forêt à la tête d’une meute d’animaux sauvages et de nymphes, qu’elle mène dans de folles équipées.

Ses deux attributs principaux – sa chasteté et son arc – symbolisaient l’inviolabilité de l’Asylon et l’orbite de la lune, c'est-à-dire le pouvoir de la déesse sur la vie et la mort. Les Grecs représentaient Artémis sous la forme de petites statuettes en or, ou de statues imposantes dont les robes étaient parées de boucles précieuses. Le temple d’Éphèse érigé à la gloire d’Artémis date de 800 avant J.-C., mais les historiens estiment que le culte de la déesse était implanté bien avant cela. Celui-ci reposait sur des offrandes propitiatoires que l’on faisait à la déesse. D’abord en nature, ces offrandes prirent progressivement la forme de dons en argent, ce qui permit au temple d’Artémis d’accumuler une fortune colossale.
L’histoire du temple d’Artémis à Éphèse est associée au roi Crésus de Lydie. La légende veut que de dernier, en proie à des difficultés financières, empruntât 1000 pièces d’or à un Phénicien aisé afin de pouvoir combattre aux côtés des mercenaires dans la guerre menée par son père. En échange, il promit à Artémis de lui construire un temple qui surpasserait tous les autres par sa splendeur une fois devenu roi. Crésus tint sa promesse, et c’est ainsi qu’un temple en l’honneur d’Artémis fut construit à Éphèse. Les dimensions colossales de l’Artémision (137 mètres de longueur et 72 mètres de largeur), et la richesse de sa décoration expliquent qu’il figure dans la majorité des listes des Sept merveilles du monde qui nous sont parvenues.

L’histoire de l’Artémision ne fut cependant pas de tout repos. Au cours des siècles suivants, Éphèse fut successivement dirigée par Athènes, par Sparte, puis de nouveau par les Perses, ce qui occasionna de nombreux conflits particulièrement destructeurs. Étrangement, ce fut pourtant à un habitant d’Éphèse que l’Artémision dut sa ruine. En 356 avant J.-C., la légende veut qu’un dénommé Érostrate allumât un incendie qui détruisit totalement le temple d'Artémis. Torturé pour avouer les motivations de son geste, Érostrate expliqua qu’il cherchait à tout prix la célébrité et ne voyait pas d'autre moyen d'y parvenir que de commettre un tel acte. Les Éphésiens interdirent alors de citer son nom afin qu’il ne puisse jamais passer à la postérité… Ce qui ne fut pas le cas ! Mais selon une théorie plus prisée des archéologues et des historiens, l’Artémision fut en réalité frappé par la foudre, qui enflamma son toit de bois.

. Alexandre le Grand

Selon Plutarque, l'événement eut lieu le jour même de la naissance d'Alexandre le Grand, ce qui fit dire à l’historien de la Rome antique qu’Artémis avait laissé brûler son temple parce qu’elle était occupée à mettre au monde le futur roi de Macédoine, qui allait devenir l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité. La légende veut en effet qu’Alexandre ait été placé dès sa naissance sous la protection d’Artémis, ce qui lui permit de conquérir son formidable empire qui s’étirait de la Grèce à Égypte, et de l’Asie mineure à l’Inde. Pour remercier Artémis, Alexandre offrit de reconstruire l’Artémision, mais les habitants d’Éphèse refusèrent afin de préserver la neutralité politique de l’Asylon. A la mort d’Alexandre le Grand, son ancien adjudant, Lysimaque, hérita d’une partie de son empire, qui englobe la Thrace. Nouveau maître d’Éphèse , il entreprit alors de développer la cité à une vaste échelle, faisant construire de nouvelles routes et de nouveaux bâtiments : théâtre, agora inférieure, agora de l’Etat, Église des conciles, etc. Il fit également construire un nouveau port afin de palier à l’ensablement du port d’origine. Toutefois, les habitants d’Éphèse rechignèrent à migrer vers ces nouveaux quartiers ; la légende veut même que Lysimaque dût faire inonder l’ancienne ville pour obliger la population à se déplacer.

. Occupation Romaine

Mais le véritable développement d’Éphèse date de l’époque Romaine. La ville passa sous contrôle des Romains en 133 avant J.-C. et connut dès lors un essor considérable dont la terre porte aujourd’hui encore les traces. De nombreux nouveaux bâtiments furent construits à cette époque, de nouvelles rues furent tracées, marquant l’apogée d’Éphèse sur le plan urbanistique. Devenue un pôle d’attraction incontournable, la cité accueillit également de nombreux personnages importants, tels CICÉRON ou Jules CÉSAR. L’Artémision, reconstruit, continuait à être le monument principal d’Éphèse. En 41 avant J.-C., MARC ANTOINE, accompagné de CLÉOPÂTRE, accosta à Éphèse. Alors gouverneur des provinces romaines orientales, le général romain multiplia les offrandes à Artémis, souhaitant ainsi s’attirer la protection de la déesse pour ses entreprises futures. Mais ce séjour avait aussi une autre finalité. L’Artémision abritait en effet la princesse ARSINOE, demi-sœur de CLÉOPÂTRE, qui avait été exilée dans ce sanctuaire par CÉSAR après son accession au pouvoir. Héritière potentielle du trône Égypte, ARSINOE menaçait le pouvoir de CLÉOPÂTRE, qui intrigua donc auprès de son amant, MARC ANTOINE, pour la faire assassiner. Des légionnaires romains firent irruption dans le sanctuaire d’Artémis pour en expulser ARSINOE, qui fut ensuite froidement exécutée. Cette violation du sanctuaire de l'Artémision scandalisa profondément le monde romain et valut à MARC ANTOINE de se retrouver au cœur d’un scandale politique retentissant. Après sa mort, le corps de la princesse Égypte fut placé dans un sarcophage somptueux au centre d’Éphèse, à proximité de l’avenue des Courètes, l’une des principales voies de communication de la ville. Une partie de ce monument, retrouvée intacte, est aujourd’hui exposée au Musée d’Éphèse, à Vienne. Elle rend compte d’un monument de forme octogonale construit sur le modèle du célèbre phare d’Alexandrie : une façon de rendre hommage aux origines de la princesse ARSINOE.

. Géoradar

En l’an 3 avant J.-C., les Éphésiens construisirent un arc de triomphe monumental au niveau de la porte sud de la Place du Marché, l’Agora, en l’honneur de l’empereur Auguste. L’Agora d’Éphèse était entourée d’une colonnade haute de 150 mètres, ce qui donne un indice de la démesure architecturale d’Éphèse à cette époque. Véritable cœur de la cité, l’Agora abritait à la fois le centre névralgique des affaires, mais aussi celui de la vie politique d’Éphèse. 70 pièces entourant la place servaient de lieux de réunion à des associations ou à des organisations politiques ou marchandes.
Partant de la porte sud de l’Agora, l’avenue des Courètes reliait celle-ci à l’Agora d’État, une autre place imposante d’Éphèse. Ce vaste boulevard, bordé de riches bâtiments, était le théâtre de processions religieuses qui traversaient la ville. Cette planification urbaine en dit long sur le degré de sophistication architecturale qu’avait atteint Éphèse à cette époque.

Pour reconstituer la cité sous sa forme originelle, les archéologues ont eu recours au géoradar. Cette technique d’analyse du sous-sol par le biais d’une interprétation de sa résistivité apparente leur a permis d’éplucher les différentes strates sans même avoir besoin de creuser, et de générer des images en 3D extrêmement précises. Ces reconstitutions en images de synthèse nous permettent de découvrir quelques-uns des lieux les plus spectaculaires d’Éphèse. Le long des tours de l’Agora, une basilique de 190 mètres de long composée de trois nefs était dédiée à l’empereur Auguste et à son épouse, Livia. Majestueuses, leurs statues trônaient au centre du sanctuaire intérieur. Éphèse était aussi dotée d’un marché construit sur le modèle du forum romanum, la principale place de Rome. Comme toute ville importante de cette époque, Éphèse possédait également un prytanée. Cet édifice symbolisait le foyer de la cité-État, où logeait le feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre. Symbole de la permanence de la cité, consacré à Hestia, déesse du foyer, de la maison et de la famille, ce feu était le cœur symbolique et politique de la cité. Le prytanée était entretenu par les Courètes, prêtresses d’Artémis, vierges issues de familles Éphésiennes distinguées.

. Âge d’or

L’âge d’or d’Éphèse ne prit pas fin avec la mort de l’empereur Auguste. Bien au contraire, la cité avait alors atteint l’apogée de sa puissance et de son rayonnement à travers tout le monde antique. Grâce à son développement spectaculaire, Éphèse devint en effet la ville la plus importante de la province d’Asie. Grâce à la situation avantageuse de son port, située à la croisée de plusieurs grandes routes maritimes, le commerce y était florissant, rejaillissant sur toute l’activité de la cité. Les traces de cette prospérité étaient visibles partout dans Éphèse : les citoyens les plus riches faisaient construire de véritables palais, et la plupart des bâtiments importants étaient financés par des donateurs privés. Les voies principales étaient pavées de marbre, telle la grande promenade qui reliait le théâtre à l’avenue des Courètes. Le long de cet axe se trouvait la bibliothèque de Celsus, qui fut l’un des premiers vestiges à être exhumé par les archéologues Autrichiens au 19ème siècle. Abritant pas moins de 12 000 rouleaux, conservés dans des placards en bois encastrés dans les murs, elle occupait le troisième rang des plus grandes bibliothèques du monde, derrière celles d’Alexandrie et de Pergame. Mais elle fut incendiée par les Goths en 263 et tout ce qu’elle renfermait fut détruit. A l’époque de sa construction, la bibliothèque de Celsus était située dans une zone de la ville en plein essor. Sa façade, supportée par d’immenses piliers disposés de manière à ce qu’elle paraisse plus grande qu’elle ne l’était en réalité, constituait l’illustration parfaite du savoir-faire des bâtisseurs de l’époque. Sa conception ingénieuse la rendait également capable de résister à de violents tremblements de terre, phénomènes fréquents dans cette région du monde antique.

L’urbanisme d’Éphèse démontre que la cité connut une grande période de prospérité entre les premier et deuxième siècles de notre ère. Les édifices de cette époque sont le reflet de la puissance économique et culturelle qu’avait acquis la cité. De grands bâtiments furent ainsi construits autour du théâtre, tandis que des habitations privées offrant un cadre de vie idyllique et une vue spectaculaire sur les environs d’Éphèse fleurissaient sur la colline dominant la cité, servant d’habitations aux familles les plus riches. Ce développement urbain sans précédent alla de pair avec l’apparition d’institutions offrant toute une gamme de services à la population nantie. L’exercice physique revêtant une grande importance dans la vie quotidienne, de grandes arènes sportives virent aussi le jour, tandis que des complexes de bains fleurissaient autour des sources d’eau chaude, dans les environs du port. Ces bains, très prisés des habitants, étaient à la fois un lieu de détente et un endroit où les personnages importants venaient pour se rencontrer, scellant des accords commerciaux ou des alliances politiques.

. Culte de l’empereur

Les villes des provinces Romaines tentaient de se surpasser les unes les autres dans leurs tentatives pour glorifier l’empereur. La réputation de la cité dépendait en effet du nombre de mémoriaux culturels érigés en son honneur. A Éphèse, de nombreux temples érigés à la gloire des empereurs Romains – Domitien, Vespasien, Hadrien – fleurirent ainsi un peu partout dans la cité, signe d’une volonté de surpasser les autres villes de l’Empire à travers la construction de ces bâtiments somptueux.

Avant que l’un de ces temples puisse être construit, l’empereur lui-même devait accorder sa permission officielle aux dirigeants de la cité. De nombreuses tractations étaient parfois nécessaires pour obtenir cet accord, faisant appel aussi bien au sens de la diplomatie des intervenants qu’à leurs « bonnes grâces » affichées en espèces sonnantes et trébuchantes. Les Éphésiens frappèrent donc des pièces de monnaie à l’effigie des empereurs qu’ils souhaitaient honorer par un temple afin de se concilier ses faveurs. Des épitaphes de pierre retrouvées par les archéologues donnent de précieuses indications sur les tractations qui avaient lieu afin d’obtenir la permission de construire un temple. Sur l’une d’elles, dédiée à la mémoire d’un dignitaire de la ville, on découvre que celui-ci effectua de nombreux voyages – Rome, Bretagne, Allemagne, Syrie, Mésopotamie – afin de rencontrer différents empereurs Romains et obtenir d’eux la permission de construire un monument en leur honneur. On peut presque parler le « lobbying » avant la lettre à propos de ces démarches.

. Luxe

L’économie florissante d’Éphèse permettait à la frange aisée de sa population de vivre dans le luxe. Les villas avec terrasse de l’avenue des Courètes ont survécu au passage des siècles et témoignent des conditions de vie exceptionnelles dont bénéficiaient leurs habitants. Situées dans le quartier le plus prisé d’Éphèse, elles offraient une vue imprenable sur la ville. Les archéologues les ont rénovées avec beaucoup de soin, ce qui permet de se faire un aperçu très précis de la vie quotidienne des personnes qui vivaient dans ces villas. Décorées de fresques somptueuses, de panneaux de marbre et de mosaïque, elles offraient tout ce qui se faisait de mieux du point de vue du confort et du luxe. Le péristyle – la cour intérieure entourée d’une colonnade – permettait à l’air frais de circuler partout dans la villa. Les panneaux des pièces intérieures étaient constitués par plus de trente types de marbres différents. On y donnait en permanence des festins, considérés comme un art par les habitants d’Éphèse. Des réjouissances avaient lieu dans la cité tout au long de l’année : processions religieuses, festivals, festins dionysiens, qui permettaient aux habitants aisés de faire étalage de leur fortune et du luxe de leurs villas.

. Catastrophes

Le 4 juillet de l’an 262, une éclipse solaire plongea Éphèse dans les ténèbres. Les habitants y virent un mauvais présage, et les événements leur donnèrent malheureusement raison ; peu de temps après, un puissant tremblement de terre eut lieu, détruisant une partie de l’Artémision ainsi que de nombreux bâtiments de la cité. Si par le passé, Éphèse s’était relevée plus splendide encore de telles catastrophes, cette fois il allait en être autrement. A ce séisme succéda un raid mené par des Goths, qui prirent Éphèse et s’y livrèrent à l’un des plus grands pillages de l’antiquité, emportant autant de trésors et de richesses que possible. La cité ne se releva jamais de cette perte.

A court d’argent, l’hôtel des monnaies ferma ses portes, car les fonds dont il disposait étaient insuffisants pour financer l’effort de reconstruction. Bon nombre de bâtiments détruits ne furent jamais reconstruits, laissés en ruine par leurs habitants qui étaient soit morts, soit en fuite après le passage des Goths. Éphèse connut alors un déclin inexorable qui la condamna à être progressivement rayée des cartes de l’Antiquité.

. Avènement du christianisme

Si les catastrophes naturelles et les invasions barbares touchèrent durement Éphèse, la cité dut aussi son effondrement progressif à une série de crises qui secouèrent ses institutions et sapèrent son organisation sociale. A la fin du 4ème siècle de notre ère, le christianisme était devenu la religion officielle de l’Empire romain. Considérées comme des idoles païennes, les divinités antiques furent progressivement interdites par la nouvelle religion. Un peu partout, leurs symboles et leurs lieux de culte étaient jetés à bas et détruits. Dans ce monde en pleine mutation spirituelle, l’Artémision d’Éphèse faisait figure de symbole à abattre de aux yeux des chrétiens, d’autant que les habitants de la ville, très attachés au culte d’Artémis, répugnaient à embrasser la nouvelle religion monothéiste.

Éphèse devint alors un lieu que devait à tout prix s’approprier la religion chrétienne, afin d’en expurger toute trace de paganisme. Et pour parvenir à ses fins, l’église romaine n’hésita pas à réécrire l’histoire, faisant d’Éphèse le lieu où St Jean aurait rédigé son évangile, y séjournant en compagnie de la Vierge Marie, que le Christ sur la croix avait confiée à sa garde. Sur une colline à 7 km au Sud d’Éphèse, une petite église byzantine du 13ème siècle, connue sous le nom de « Maison de la Vierge Marie », conserverait le souvenir de ce séjour marial, bien qu’aucune preuve historique ne puisse venir corroborer ce récit. Les premiers chrétiens avaient besoin que la mère de Dieu se trouve à Éphèse pour contrebalancer l’influence de la déesse Artémis ; la présence conjointe de Jean et Marie à Éphèse fut donc reconnue par l’Église dès le Ve siècle par le 3ème concile œcuménique, qui eut lieu à Éphèse en l’an 431 de notre ère et qui déclara Marie « Théotokos », c'est-à-dire, « qui a enfanté Dieu ». Cette décision extrêmement importante des théologiens ne visait pas seulement à régler un point de discorde épineux concernant la nature de Marie, mais aussi à ancrer durablement celle-ci dans l’histoire d’Éphèse . Le fait que la statue de la Vierge Marie ait été élevée à Éphèse lui conférait en effet une grande importance symbolique dans la ville d’Artémis. Par la suite, les derniers fidèles d’Artémis se résignèrent à enterrer les statues qui représentaient la déesse pour les sauver d’une destruction certaine face au courroux des chrétiens : les derniers vestiges du culte païen retournaient à l’oubli de la terre pendant que les symboles de la nouvelle religion s’érigeaient triomphalement. Cette mort du paganisme marqua un tournant décisif dans l’histoire d’Éphèse , indissociable de celle d’Artémis.

. Crépuscule historique et renaissance archéologique

Même si les jours du christianisme étaient comptés avec le déclin de l’Empire romain d’Orient, l’abandon du culte d’Artémis avait définitivement coupé Éphèse de ses origines. L’islam, qui allait bientôt triompher dans le sillage des nouveaux conquérants Arabes, achèverait de faire voler en éclats l’identité spirituelle d’Éphèse . Vidée de ses habitants, privée de son port à cause de la modification de la ligne côtière, concurrencée par la nouvelle cité d’Ayasoluk, construite sur la colline périphérique d'Éphèse en remplacement du centre urbain antique détruit lors des invasions arabes de 654-655, Éphèse allait progressivement perdre son identité, et jusqu’à son nom, après sa capture par les Turcs de l'émirat d'Aydin.

Il fallut attendre près de 1800 ans pour que la cité sorte de sa gangue d’oubli, grâce au travail des archéologues. Fouille après fouille, ils exhumèrent les ruines de la cité disparue, reconstituèrent ses routes et ses principaux monuments, réparèrent les fresques de ses villas, redonnant vie à la grande métropole du monde antique.

La reconstitution de ces vestiges fut un extraordinaire travail de patience et de minutie auquel se livrèrent les archéologues. Ainsi, pour remettre sur pied les villas de l’avenue des Courètes, ils utilisèrent des matériaux d’origine. Ils récupérèrent une par une les mosaïques abîmées et les adaptèrent à la nouvelle structure du sol afin de leur rendre leur place d’origine. Mais les éléments naturels, grands ennemis des fouilles archéologiques à ciel ouvert, menaçaient de ruiner ces efforts. En 2000 commença donc une vaste opération de protection de ce patrimoine archéologique visant à doter les villas de l’avenue des Courètes de toits-verrières. 4000 mètres carrés de poutres d’acier, de plastique et de verre recouvrent désormais une partie des villas patiemment reconstituées et rénovées, les protégeant contre les assauts du climat.

Ce plafond translucide constitue l’écrin de ce joyau archéologique autour duquel se déploient les vestiges d’Éphèse : avenues, routes, colonnades, façades de bâtiments et de temples, amphithéâtres, places, monuments, etc. Ces témoins de pierre muets gardent en eux le souvenir des riches heures d’Éphèse, qui transparaissent encore ici et là dans la magnificence d’une fresque ou dans la démesure architecturale d’une façade, continuant de rayonner depuis les profondeurs du passé.

EN RÉSUMÉ
Bâclé : c’est l’adjectif qui qualifie le mieux ce reportage consacré à Éphèse. La première partie consacrée aux origines de la cité laissera bon nombre de spectateurs sur le carreau, submergés par un flot particulièrement indigeste de références mythologiques évoquées sans aucun souci de pédagogie ni cohérence. Pêle-mêle, il y est ainsi question de la fondation légendaire d’Éphèse par le conquérant Androclos, du mythe des amazones, de la déesse Artémis, et même d’un soi-disant crash de météorite (information complètement farfelue) qui aurait présidé à la fondation de la cité. Toutes ces références sont citées sans souci de la chronologie et amalgamées au sein d’un commentaire des plus approximatifs.

Le documentaire retrouve un semblant de cohérence lorsqu’il s’agit d’évoquer la vie quotidienne à Éphèse, mais là encore, on se heurte très rapidement à de nouveaux écueils : les références aux personnages historiques qui ont joué un rôle dans l’histoire de la cité – Jules CÉSAR, MARC ANTOINE, CLÉOPÂTRE, etc. – se succèdent sans que cela soit d’un très grand intérêt, tandis que la plupart des thèmes intéressants ne sont qu’effleurés.

On passe ainsi sans transition de la période antique à celle de l’Empire romain, avant un nouveau bond en avant qui nous emmène jusqu’à l’avènement du christianisme, époque à laquelle commence le déclin d’Éphèse. Quelques images de synthèse, quelques plans des rues et des bâtiments de la cité reconstitués par les archéologues, quelques travelings sur les trésors architecturaux d’Éphèse tentent bien de nous immerger dans le bouillonnement de cette métropole du monde antique, mais faute d’un commentaire adéquat, cette alchimie ne fonctionne pas. Les interventions de spécialistes – archéologues, historiens, chercheurs – manquent aussi cruellement pour éclairer tel ou tel point des explications, données de façon bien trop magistrale.

Au final, on ressortira de ce documentaire sans avoir appris grand-chose d’intéressant sur d’Éphèse, si ce n’est le genre de généralités que l’on pourrait appliquer à n’importe-quelle autre grande cité du monde antique. Très décevant.

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leumass76 - Conviction : Entre deux
Nouveau | 17 Feb 13 06:18:17 | 0 commentaires | 1 Pts | 0 vidéos | 🔗
Moi, je trouve que c'est un bon doc. Très intéressant. Bravo.
citizen - Conviction : Entre deux
Connaisseur | 25 Jan 12 13:02:12 | 0 commentaires | 319 Pts | 0 vidéos | 🔗
Magnifique, intéressant ; pertinent car non entaché d'approximations, d'imprécisions, de traductions fausses ; et qui plus est, ne contient aucune image de squelette difficile à supporter. C'est un travail très sérieux, très bien documenté.

Bref, c'est un excellent documentaire.
Twister - Conviction : Indéfini
Curieux | 19 Jan 12 11:20:45 | 0 commentaires | 138 Pts | 6 vidéos | 🔗
Vidéo assez brouillonne. Je rejoins Elaino, laisser la place à des experts et des spécialistes aurait donné plus de cachet à l'ensemble.

En tout cas, celui qui a écrit le descriptif s'est déchiré sur ce coup là :D
gegecat - Conviction : Indéfini
Troll des villes | 18 Jan 12 14:36:56 | 0 commentaires | 2068 Pts | 53 vidéos | 🔗
wouam a écrit:
C'est juste une petite boutade Gragor, enfin je pense.
Le problème avec l'écrit, c'est qu'on entend pas le ton sur lequel les choses sont dites.

Absolument.

De plus, désolé si c' est passé pour une agression, c' était pas le but.

Non, j' ai pas un avis sur tout, mais j' ai mon avis sur beaucoup de choses comme tous ici.

Sincèrement, bonne journée Gragor.
wouam - Conviction : Sceptique
Habitué | 18 Jan 12 14:21:37 | 0 commentaires | 174 Pts | 0 vidéos | 🔗
C'est juste une petite boutade Gragor, enfin je pense. Le problème avec l'écrit, c'est qu'on entend pas le ton sur lequel les choses sont dites.
Gragor - Conviction : Indéfini
Fanatique | 18 Jan 12 14:14:00 | 0 commentaires | 431 Pts | 1 vidéos | 🔗
Non j'ai rien de mieux; désolé. M'agresser, puis me souhaiter bonne journée; c'est assez paradoxale.

Quand à ta citation sur l'avis des autres, et bien je suppose que jamais dans ta vie tu ne te fies aux avis des autres; et que tu te fais une loi d'avoir un avis sur tout. Tans pis pour toi.
wouam - Conviction : Sceptique
Habitué | 18 Jan 12 14:09:04 | 0 commentaires | 174 Pts | 0 vidéos | 🔗
La vache, le mot "résumé" perd tout son sens! T'as plus vite fait de regarder le docu que de le lire.
gegecat - Conviction : Indéfini
Troll des villes | 18 Jan 12 14:03:05 | 0 commentaires | 2068 Pts | 53 vidéos | 🔗
Gragor a écrit:
Je disais ça en toute légèreté , mais visiblement tu t'ennuies assez pour relever et en faire débat.

Hoooo, j' suis vexé là,si si. T' as rien de mieux, bon...
Mieux ou pas, heureusement qu'on peut parfois compter sur l'avis des autres. Surtout quand on a un peu d'estime pour leur avis.
Le résumé est fait de main de maître; et Elnaino confirme ce point de vue. Je trouve qu'il a très souvent des avis pertinents;

Donc, je regarderai pas cette vidéo qui est longue, et visiblement pas super; ne t'en déplaise.

Mais tu fais ce que tu veux.

Ce qui ne change rien, donc: C' est vrai que c' est mieux d' écouter les autres que de se faire son propre avis. Bonne journée à toi.
Gragor - Conviction : Indéfini
Fanatique | 18 Jan 12 13:55:39 | 0 commentaires | 431 Pts | 1 vidéos | 🔗
gegecat a écrit:
C' est vrai que c' est mieux d' écouter les autres que de se faire son propre avis...

Je disais ça en toute légèreté , mais visiblement tu t'ennuies assez pour relever et en faire débat.

Mieux ou pas, heureusement qu'on peut parfois compter sur l'avis des autres. Surtout quand on a un peu d'estime pour leur avis. Le résumé est fait de main de maître; et Elnaino confirme ce point de vue. Je trouve qu'il a très souvent des avis pertinents;

Donc, je regarderai pas cette vidéo qui est longue, et visiblement pas super; ne t'en déplaise.
Clef de Sol - Conviction : Entre deux
Mentor | 18 Jan 12 13:34:41 | 0 commentaires | 764 Pts | 1 vidéos | 🔗

C'est vrai que ça n'est pas terrible... et c'est un euphémisme.
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Les derniers commentaires
  • belphegor : Bien sûr, tant qu'un spécimen vivant be sera pas capturé, ou bien une dépouille ne sera pas…
  • HADDADOU : dans quelle dimension navigue-t-elle ?? c'est comme le monstre de loch ness
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