Complot des blouses blanches : la dernière folie de Staline

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Complot des blouses blanches : la dernière folie de Staline
Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline (1878-1953), fut l’un des plus grands tyrans du 20ème siècle. Secrétaire général du Pari communiste de l’Union Soviétique dès 1922, il dirigea l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques d’une main de fer jusqu’à sa mort, en 1953, qui survint au beau milieu d’une mystérieuse affaire baptisée le « complot des blouses blanches ».

Celle-ci débuta le 13 janvier 1953, lorsque la Pravda, le principal organe de presse communiste, publia en une un article dénonçant les agissements criminels de médecins juifs accusés d’avoir assassiné deux dirigeants du Parti communiste et d’avoir comploté contre Staline lui-même. La révélation de ce complot eut un impact considérable sur l’opinion publique soviétique et provoqua une flambée d’antisémitisme à travers toute l’URSS. En réalité, cette incroyable machination avait été ourdie des années plus tôt par STALINE, qui y voyait un moyen de justifier la purge du Parti communiste qu’il s’apprêtait à lancer en vue de se débarrasser d’une poignée d’apparatchiks qui menaçaient son pouvoir.

Plus de 50 ans après les faits, l’historien Jonathan BRENT s’est plongé dans les archives déclassifiées des services secrets Russes afin de réexaminer cette affaire qui défraya la chronique de l’URSS et provoqua une flambée d’antisémitisme si violente que certains chroniqueurs estiment que les Juifs soviétique passèrent à deux doigts d’un nouveau pogrom. Ce documentaire retrace toutes les étapes de son enquête.

. Prologue 1 : JDANOV

L’affaire des blouses blanches s’ouvre sur un prologue lié à la mort d’Andreï JDANOV, haut dignitaire du régime de STALINE, en 1948. Malade du cœur, JDANOV avait été envoyé dans un sanatorium du Kremlin, à Valdaï, pour y prendre du repos. Mais JDANOV y mourra subitement, d’une crise cardiaque, le 31 août 1948. Peu après, tandis que sont organisées des funérailles nationales, STALINE reçoit une lettre émanant de la doctoresse Lydia TIMATCHOUK, membre de l’équipe médicale qui a soigné JDANOV. Celle-ci affirme qu’un certain nombre de ses confrères médecins auraient délibérément sous-estimé la gravité de l’état du patient en vue d’accélérer sa mort. Sur le coup, STALINE semble n’accorder aucune importance à cette lettre de délation, qui est classée dans les archives du Kremlin. Mais en bon calculateur qu’il est, il sait qu’il pourra l’utiliser le moment venu. Avec la mort de JDANOV, on peut dire que la graine du complot des blouses blanches est plantée. STALINE aura plusieurs années pour la faire germer et réfléchir à la manière dont il entend l’utiliser.

. Régime de terreur

Ce complot est loin d’être un coup d’essai pour STALINE, passé maître dans la manipulation des circonstances. Depuis qu’il est au pouvoir, il a en effet instauré une atmosphère de terreur permanente afin de justifier la brutalité de sa dictature. Dans la propagande paranoïaque dont il abreuve le peuple, l’URSS est présentée comme étant en bute aux agissements d’ennemis intérieurs œuvrant à sa destruction. Pour cela, le dictateur s’appuie sur une rhétorique simpliste que lui-même et les autres apparatchiks martèlent à longueur de discours. Le monde est scindé en deux blocs antagonistes : Est contre Ouest, socialisme contre capitalisme.

Ceux qui ne sont pas pour lui sont forcément contre lui : des ennemis du peuple, des traitres qu’il faut éliminer à tout prix. Et pour parvenir à ses fins, le complot fomenté de toutes pièces est l’une des méthodes favorites de STALINE. Il en a usé et abusé pour se débarrasser de tous ses opposants, puis de ceux de ses proches qu’il soupçonnait, dans sa paranoïa, de vouloir l’évincer du pouvoir.

Dans l’état totalitaire qu’il a créé, les occasions ne manquent pas de s’en prendre à quelqu’un sous prétexte de dissidence. Pour alimenter sa terrifiante machine répressive, STALINE peut compter sur le MGB, redoutable ancêtre du KGB, fort de ses 10 millions d’informateurs chargés de surveiller les moindres faits et gestes des citoyens soviétiques. Le pouvoir mis en place par STALINE est une hydre dont les ramifications s’étendent à toutes les catégories de la société. Il surveille tout, sait tout, et peut frapper n’importe qui n’importe quand avec une facilité terrifiante. Les médecins visés par le complot des blouses blanches vont bientôt l’apprendre à leurs dépends.

. Prologue 2 : ETINGUER

Avant d’entrer dans le vif de son sujet, le documentaire s’intéresse à un dossier connexe : l’affaire ETINGUER, affaire durant laquelle on voit se mettre en place tous les pions qui seront ensuite utilisés par STALINE pour fomenter le complot des blouses blanches.

Yakov ETINGUER, cardiologue brillant, était considéré comme l’un des plus grands spécialistes de son époque. Ses compétences lui valurent l’intérêt du Kremlin, qui l’assigna aux soins de quelques-uns des plus hauts dignitaires du Parti communiste. Dans l’URSS de Staline, cette distinction était à la fois un honneur et une malédiction ; en effet, fréquenter les hautes sphères du pouvoir donnait accès à certains sujets particulièrement sensibles. Ceux qui en avaient connaissance devaient veiller à se taire, faute de subir la vindicte des autorités.

Or, ETINGUER était un personnage atypique : médecin brillant, mais aussi libre penseur, il supportait mal l’emprise du régime de STALINE sur les citoyens soviétiques. A plusieurs reprises, il se laissa ainsi aller à des indiscrétions dangereuses, suscitant l’inquiétude de ses proches. Chroniqueur incisif de ce qui se passait au sommet du pouvoir, ETINGUER ne tint pas compte de ces appels à la prudence, et ses bavardages attirèrent bientôt l’attention du MGB. Les services secrets placèrent des micros à son domicile et l’entendirent critiquer vertement le régime. Il n’en fallait pas plus pour mettre en branle l’infernale machine répressive mise au point par STALINE. Le fils du professeur ETINGUER fut arrêté par les services secrets et jeté en prison. Soumis à des interrogatoires serrés, et confondu par les enregistrements des micro-espions, le jeune homme sera contraint de faire des aveux impliquant son père. Sur la base de ces propos antisoviétiques, celui-ci est alors lui-même arrêté, en novembre 1950, et jeté en prison.

Le juge chargé de l’instruction du dossier ETINGUER se nomme Mikhaïl RYUMIN. L’homme a toutes les caractéristiques du parfait stalinien. Provincial sans éducation, dépourvu d’attaches familiales à Moscou, il est la caricature du fonctionnaire servile prêt à tout pour s’attirer l’approbation du pouvoir. Il est de surcroit viscéralement antisémite. ETINGUER est l’homme qu’on lui a chargé de briser, et il s’acquittera méticuleusement de cette tâche.

Sous sa responsabilité, le dissident est soumis à d’interminables séances d’interrogatoire. On le prive de nourriture et de sommeil pour briser sa résistance. ETINGUER est un homme âgé dont le cœur est fragile, il ne va pas résister longtemps à ce traitement inhumain. En mars 1951, après une longue série d’interrogatoires, il s’évanouit en retournant dans sa cellule, se cogne la tête contre une table et meurt. La machine stalinienne a broyé une nouvelle victime ; quant à RYUMIN, il a parfaitement rempli sa mission et peut dès lors s’attendre à être justement récompensé.

. Divagations et machinations

Mais l’homme est ambitieux et souhaite récolter beaucoup plus qu’un peu d’avancement. Dans son désir maladif de reconnaissance, RYUMIN va alors rédiger une lettre adressée directement à STALINE, lettre dans laquelle il accuse ETINGUER d’avoir avoué l’assassinat, en 1945, d’un haut officier soviétique, Alexandre TCHERBAKOV, dans le cadre d’un complot sioniste visant les dignitaires du Kremlin. Pour Jonathan BRENT, cet aveu est une invention pure et simple. Rien dans les comptes-rendus des interrogatoires d’ETINGUER ne corrobore en effet une telle information. Mais RYUMIN ne se soucie pas du tout de la vérité, sa seule ambition est de gonfler l’importance de l’affaire ETINGUER afin d’attirer l’attention de STALINE. Le fonctionnaire imagine-t-il cependant à quel point son plan va fonctionner ? Surement pas.

Pour STALINE, cette lettre impliquant un médecin dans la mort d’un haut dignitaire du régime tombe en effet à point nommé. Le dictateur est en train de planifier une nouvelle purge du Parti communiste, BERIA, MOLOTOV, MALENKOV y ayant acquis trop d’importance à ses yeux. Mais pour déclencher son plan, STALINE a besoin d’un alibi. Comme pour les précédentes liquidations, la purge qui s’annonce doit être justifiée par la révélation d’un complot d’envergure menaçant la patrie : pour suivre le dictateur dans sa folie répressive, le peuple a besoin d’être persuadé que celui-ci représente l’unique rempart contre les forces subversives qui menacent sa cohésion.

Le signal lancé par RYUMIN va ainsi cristalliser les intentions de STALINE. Sa lettre est d’autant plus importante pour le dictateur dans le plan qu’il est en train de mettre au point que RYUMIN y explique avoir été empêché d’interroger plus amplement ETINGUER au sujet du meurtre de TCHERBAKOV par Viktor ABAKOUMOV, Ministre de la Sécurité d’Etat, comme si celui-ci voulait à tout prix étouffer l’affaire. L’explication que donne YUMIN est des plus simplistes : ABAKOUMOV ferait lui-même partie du complot Juif contre le Kremlin. Mais pour STALINE, toute fallacieuse qu’elle soit cette dénonciation est du pain béni. Trois jours après avoir reçu la lettre de RYUMIN, le 4 juillet 1951, ABAKOUMOV est démis de ses fonctions. Deux jours plus tard se tient une importante réunion du Comité Central du Parti. Le 13 juillet, une lettre secrète est envoyée par le Kremlin aux dirigeants du Parti de toute l’URSS. Elle les informe de l’existence d’un complot de médecins Juifs visant à éliminer les dirigeants du Kremlin, stipulant que Viktor ABAKOUMOV est complice de ces comploteurs.

. Complot sioniste

ABAKOUMOV devient alors le bouc émissaire de STALINE, qui le présente comme la tête pensante d’un complot sioniste international destiné à éliminer les dirigeants de l’URSS. L’arrestation du ministre de la Sécurité d’Etat ne pouvant être passée sous silence, STALINE a besoin de l’inclure dans un contexte dramatique visant à faire passer ABAKOUMOV pour un conspirateur démoniaque. La lettre de RYUMIN lui a donné les grandes lignes d’une intrigue qu’il se charge de peaufiner. Dans sa version définitive, ABAKOUMOV deviendra ainsi l’instigateur d’un complot aux ramifications tentaculaires visant à assassiner les principaux dignitaires du Kremlin. Des médecins Juifs à ses ordres sont présentés comme de dangereux terroristes, utilisant leur fonction pour donner à ces meurtres l’apparence de morts naturelles.

Cette idée des médecins-empoisonneurs marque très certainement l’apothéose de la pensée conspiratrice et tyrannique de STALINE, qui a conçu un plan d’une redoutable efficacité. La menace ne vient pas d’une quelconque faction terroriste armée, ce qui aurait été difficilement crédible étant donné le niveau de protection dont bénéficiaient les dignitaires du Kremlin, mais des personnes censées veiller sur leur santé : les médecins. Pour tuer il fallait soigner : l’équation est aussi simple que redoutable.

Pour Jonathan BRENT, la rapidité avec laquelle STALINE agit en juillet 1951 est la preuve que son plan avait été minutieusement préparé. Entre la mort de JDANOV en 1948, et la lettre de RYUMIN, le dictateur a eu tout le temps d’en peaufiner les différents ingrédients. La lettre de 1948 dénonçant les circonstances troubles du décès de JDANOV refait alors surface. STALINE la présente devant le Politburo, faisant mine de l’avoir découverte récemment. Il explique qu’ABAKOUMOV la lui aurait soustraite afin de couvrir les agissements criminels des médecins responsables de la mort de JDANOV. Les archives que Jonathan BRENT a pu consulter démontrent précisément le contraire : ABAKOUMOV a bien présenté la lettre à STALINE le lendemain de sa réception, en y joignant une note résumant son contenu. Preuve indéniable que la lettre a bien été lue par STALINE, ce mémo porte sa signature. Qu’importe, le lien est désormais tissé entre les deux affaires : toutes les composantes sont réunies pour faire du complot des blouses blanches l’arme que STALINE va utiliser pour lancer une énième purge du Parti.

. Question juive

Il s’agit maintenant de donner à l’affaire l’indispensable touche de vraisemblance qui accompagnera sa révélation. La dimension Juive du complot répond à des intentions bien précises de la part de STALINE. Celui-ci porte en effet une attention soutenue aux 2,5 millions de Juifs qui vivent en URSS depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et tout particulièrement au Comité Antifasciste Juif. Créée sur sa volonté pendant la guerre, cette instance avait pour mission de convaincre les Juifs d’Amérique de soutenir l’armée rouge par des dons. Regroupant d’éminentes sommités Juives – scientifiques, cinéastes, écrivains, musiciens, etc. – ce Comité présidé par Solomon MIKHOELS, créateur du Théâtre Yiddish de Moscou et l’une des personnalités juives les plus populaires de l’époque, connut un succès considérable outre-Atlantique et parvint à engranger des sommes importantes pour soutenir l’effort de guerre Russe.

Mais après la victoire de l’armée Rouge sur les nazis, les choses vont changer radicalement. Le sentiment nationaliste devient le ciment de la nouvelle société voulue par STALINE. Une vaste campagne anti-cosmopolite est mise en œuvre ; sous couvert de s’attaquer aux étrangers qui gangrènent l’URSS, elle vise principalement les Juifs, auxquels on reproche d’être trop nombreux dans certains domaines : médecine, journalisme, art, etc. MIKHOELS est en outre revenu des États-Unis avec une idée que lui ont soufflée certains Juifs expatriés : la fondation d’une république autonome Juive en Crimée, dans le sud de l’URSS. Cette double-perspective d’un territoire autonome Juif sous financement Américain hérisse STALINE. Dans les prémices de la Guerre Froide, l’action du Comité Antifasciste Juif, qui œuvre désormais principalement à ce projet de république autonome, devient éminemment suspecte aux yeux du dictateur. La création de l’état d’Israël en 1948, dont les États-Unis deviennent très rapidement le principal allié, renforce cette méfiance. Israël devient un point d’ancrage entre les Juifs et l’Amérique, pas seulement pour les Juifs d’Amérique ou d’Israël, mais aussi pour ceux d’URSS.

Cette situation pose un sérieux problème à STALINE, qui redoute deux choses. D’une part, que les velléités d’indépendance des Juifs d’URSS soient confortées par l’exemple de la création d’Israël. D’autre part, que les liens privilégiés entre Américains et Juifs fassent de ceux-ci des alliés des États-Unis susceptibles d’être utilisés pour provoquer des troubles en URSS. Le dictateur ne peut supporter de voir son pouvoir menacé de la sorte : désormais, les Juifs seront traités en ennemis. L’assassinat de Solomon MIKHOELS, perpétré par les services secrets sur ordre personnel de STALINE et déguisé en accident de la circulation, marque de façon spectaculaire le début de cette mise au pas des Juifs d’URSS. Dans les semaines qui suivent, 14 autres membres du Comité Antifasciste Juif seront arrêtés, mis au secret, jugés pour espionnage, condamnés à mort et exécutés.

. Groupe opérationnel spécial

Reste maintenant pour STALINE à relier l’affaire du Comité Antifasciste Juif et celle des médecins-empoisonneurs, afin de donner au complot qu’il est en train de fabriquer les dimensions d’une conspiration internationale mettant en péril la stabilité de l’URSS. Un détail a retenu son attention : Solomon MIKHOELS a pour cousin germain un certain Miron VOVSI, qui se trouve être le médecin en chef de l’armée Rouge.

Un groupe opérationnel spécial est créé en 1951, afin de surveiller les hauts milieux médicaux. Le but est de récolter toutes les informations susceptibles d’être utilisées en vue de rendre crédible l’hypothèse d’un complot fomenté par les médecins Juifs. Mais les efforts de ce groupe opérationnel restent vains : à part quelques propos séditieux, les espions de STALINE ne glanent aucune information importante. Peu importe pour le dictateur : la machine est lancée et elle doit être alimentée. Vladimir VINOGRADOV, médecin personnel de STALINE, est arrêté à l’automne 1952. Son « crime » consiste à avoir conseillé au dictateur de prendre sa retraite en raison de son état de santé. Circonstance aggravante, il a pour meilleur ami Miron VOVSI, le cousin de Solomon MIKHOELS.

Mais l’élément clé permettant de lier entre elles toutes ces affaires manque toujours à STALINE. Après le mois de novembre 1952, les arrestations de médecins Juifs se multiplient un peu partout à travers l’URSS, déclenchant un véritable vent de panique. Des témoignages des enfants des victimes de ces rafles ponctuent cette partie du documentaire, permettant de mesurer l’efficacité redoutable des services secrets aux ordres de STALINE. Ces arrestations restent cependant discrètes afin de ne pas alerter la population soviétique. Tant que les derniers fils du complot n’auront pas été tissés, celle-ci doit en effet être soigneusement maintenue dans l’ignorance de ce qui se passe.
Les médecins soupçonnés de comploter contre le régime sont maintenus à l’isolement dans des prisons secrètes. Ils ont beau faire l’objet de très nombreux interrogatoires, aucun ne livre la moindre information sur son appartenance à un groupe de comploteurs destinés à assassiner les principaux dirigeants de l’URSS. Et pour cause : cette affaire n’existe que dans l’esprit paranoïaque de STALINE ! Celui-ci met la pression sur les services secrets. Il convoque leurs responsables et les somme d’obtenir des preuves irréfutables du lien des médecins avec les États-Unis, démontrant qu’ils formaient bien un groupe terroriste téléguidé par les Américains.

. « Frappez-les à mort »

Face au refus de parler des médecins, les services secrets vont durcir leurs méthodes. Le but est d’obtenir par tous les moyens des aveux de leur participation au complot contre le régime, conformément à ce que STALINE attend. Les instructions qu’il a données à leurs geôliers sont sans équivoque : « frappez-les à mort ». Les détenus sont ainsi battus sauvagement, gardés dans des chambres froides, mis aux fers, privés de sommeil et de nourriture, etc. Yakov ETINGUER, fils du professeur ETINGUER, livre un témoignage poignant à propos des actes de torture et de barbarie qu’il dut endurer lors de son incarcération.

La reconnaissance publique de leurs crimes imaginaires par les accusés est essentielle au système stalinien, pour le soi-disant respect de la justice, mais aussi parce qu’elle sert la propagande du régime. Face à la violence physique et psychologique qui s’exerce sur eux, certains médecins vont craquer. C’est le cas de VOVSI, âgé et fragilisé par une santé déclinante. Le 14 novembre 1952, il déclare à ses interrogateurs être un opposant au pouvoir soviétique et avoir choisi la profession médicale pour avoir l’occasion d’empoisonner les dirigeants du Parti. STALINE tient enfin ses aveux : il peut désormais faire éclater l’affaire au grand jour et prendre le peuple à témoin de la nécessité de purger le pays de ses ennemis intérieurs.

. Propagande

Le 13 janvier, la Pravda, l’organe de presse officiel du régime stalinien, révèle le complot des blouses blanches avec force détails impliquant les médecins Juifs. On leur impute les morts de JDANOV et de TCHERBAKOV, mais aussi celles d’un nombre invraisemblable d’autres dignitaires du Parti communiste, qui sont en réalité décédés de mort naturelle.

Avec son tirage de 18 millions d’exemplaires, la Pravda est lue d’un bout à l’autre du territoire de l’URSS. C’est dire l’importance du retentissement du complot des blouses blanches sur la population. Les noms de famille des médecins soupçonnés sont publiés, jetant l’opprobre sur leurs familles. STALINE en personne a rédigé cet article, comme en attestent des brouillons retrouvés dans les archives du Kremlin. L’accent y est mis sur la dimension sioniste du complot, de manière à stigmatiser les Juifs d’URSS. L’idée des médecins-empoisonneurs crée un véritable vent de panique parmi la population. Conséquence inévitable : l’antisémitisme de la rue connait un regain sans précédent, à la mesure de la peur irrationnelle qui s’est emparée des soviétiques. Les médecins Juifs, nombreux en URSS, sont soupçonnés de tous faire partie du complot qui vient d’être révélé par la Pravda. Les rumeurs les plus folles circulent sur leur compte : ils empoisonneraient les nouveau-nés, répandraient les germes de maladies infectieuses dans les transports en commun, prescriraient des médicaments nocifs à leurs patients, etc. La peur des médecins et la haine des Juifs créent un cocktail détonnant ; la situation est à deux doigts de dégénérer en pogrom, comme aux heures les plus sombres vécues par les Juifs de Russie. Un seul événement peut faire cesser ce cauchemar : ce sera la mort de STALINE, qui se produit le 5 mars 1953.

. Dénouement

Tout le pays pleure la mort de son dirigeant, mais pour les familles des médecins accusés d’avoir fomenté le complot des blouses blanches, l’heure est au soulagement. Elles espèrent qu’avec la disparition du dictateur, leurs proches seront relâchés. Et c’est effectivement ce qui va se produire ; l’une des premières décisions de BERIA, qui succède à STALINE, est de faire libérer les médecins Juifs. Il ira même plus loin en les faisant réhabiliter publiquement, ainsi que Solomon MIKHOELS : une première en Union Soviétique. Pour de nombreux observateurs, cet empressement de BERIA à démonter le complot démontre qu’il était certainement la principale cible de STALINE. Les médecins sont ramenés à leurs proches, ce qui donne lieu à de grandes effusions de joie. Seul ETINGUER, mort en prison, manque à l’appel. Sa dépouille ne sera jamais rendue à sa famille.

Que se serait-il passé si STALINE n’était pas mort brutalement ? On peut supposer que tous les médecins Juifs arrêtés auraient connu un sort identique à celui d’ETINGUER. Quant à la flambée d’antisémitisme qui sévissait en URSS, le dictateur l’aurait sans doute utilisée pour alimenter le climat d’insécurité et de peur justifiant la purge qu’il s’apprêtait à mener, avec BERIA et les autres apparatchiks du Parti en ligne de mire.

Les médecins Juifs étaient la pièce principale d’un complot minutieusement élaboré que le dictateur mûrissait depuis des années, et il était prêt à les sacrifier pour parvenir à ses fins. Ironie de l’histoire, c’est parce qu’il refusa jusqu’au bout toute aide médicale que STALINE connut une fin prématurée. Rongé par la paranoïa, incapable de faire confiance à qui que ce soit, le dictateur s’était enfermé dans le déni de son état de santé, et sans cette erreur fatale on aurait sans doute pu diagnostiquer l’anévrisme qui l’emporta le 5 mars 1953. Finalement, ce ne furent pas les médecins, mais leur absence à ses côtés alors même qu’il avait le pus besoin d’eux qui causèrent sa mort.

EN RÉSUMÉ : un peu lent à démarrer et à mettre en place les différentes pièces du complot des blouses blanches, ce documentaire devient passionnant dès que l’on commence à appréhender dans son ensemble la formidable – et redoutable – mécanique complotiste échafaudée par STALINE. Celle-ci étonne aussi bien par son ampleur et sa conception diabolique, que par ses conséquences dévastatrices au sein de la population soviétique, conséquences que STALINE lui-même avait d’ailleurs peut-être sous-estimées. Intelligemment ponctuée par les témoignages des proches des médecins juifs impliqués dans le complot, et éclairée par les explications de l’historien Jonathan BRENT, l’enquête déroule une trame de plus en plus captivante au fur et à mesure que l’on pénètre dans les méandres de cette incroyable machination. Celle-ci en dit aussi long sur le climat de terreur qui régnait alors en URSS que sur l’esprit tortueux de STALINE, capable d’ourdir sans le moindre scrupule un tel complot impliquant des innocents dans le seul but d’éliminer une poignée d’apparatchiks qui commençaient à lui faire de l’ombre. On en ressort à la fois stupéfait et choqué que de telles manipulations de la réalité aient pu avoir lieu sans que quiconque, à l’époque, ait cherché à remettre en cause la version officielle. Mais le démontage minutieux de cette mécanique du complot nous incite également à la vigilance, démontrant qu’un gouvernement, quel qu’il soit et pour peu qu’il s’en donne les moyens, est capable de manipuler l’opinion publique dans le sens qu’il souhaite. L’affaire récente des soi-disant armes de destruction massive Irakiennes qui a légitimé la seconde Guerre du Golfe n’est-elle pas là pour nous le rappeler ?

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RG8 - Conviction : Sceptique
Arrivant | 17 Apr 12 17:49:48 | 0 commentaires | 41 Pts | 0 vidéos | 🔗
On accuse le petit père des peuples ! méchants ; que l'on compare à cet imbécile de bush, et sa bande de pieds nickelés, vendeurs d'armes ! la c'est vraiment mélanger les torchons et les serviettes !! Bush est un âne !! papy Staline, un tigre ! on peut remarquer au passage, que les trop grands pays, donnent des tyrans !! vive les petites surfaces, telle la suisse, la hollande, la démocratie s'exerce mieux ! à bas les grands machins, qui deviennent tyranniques !il est- vrai que le chili..., Cambodge ....etc...
barrassov - Conviction : Entre deux
Curieux | 17 Dec 11 11:23:07 | 0 commentaires | 142 Pts | 0 vidéos | 🔗
Typique le l'être humain :D
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