Atlantide : vers la fin du mythe ? - Vu 11189 fois.
Évoquée pour la première fois par Platon dans le Timée, l’Atlantide est une île qui, durant la pré-antiquité, aurait été le siège d’une civilisation très avancée comptant dix royaumes fédérés autour d’une capitale commune. Selon le récit du philosophe Grec, devenus orgueilleux et décadents, les Atlantes auraient été châtiés par Zeus, qui déchaîna sur eux les forces destructrices de la Nature. En proie aux assauts conjugués d’une éruption volcanique, d’un tremblement de terre et d’un gigantesque raz-de-marée, l’Atlantide aurait ainsi été engloutie en un jour et une nuit. Depuis, le mythe a colmaté les brèches de l’histoire, donnant naissance aux hypothèses les plus diverses sur l’origine de la civilisation Atlante et les causes de sa disparition. Ce documentaire, qui braque l’éclairage des découvertes scientifiques et archéologiques récentes sur les faits historiques, s’attache à explorer quelques unes de ces pistes.
. L’étude des catastrophes naturelles contemporaines pour mieux comprendre la disparition de l’Atlantide ?
Aux yeux de beaucoup d’observateurs, l’engloutissement d’une île en un laps de temps aussi court que celui évoqué par Platon – un jour et une nuit – relève de la fable. Pourtant, l’étude de quelques-unes des grandes catastrophes naturelles qui ont marqué l’histoire permet de valider cette hypothèse. Ainsi, la destruction des villes de Pompéi et d’Herculanum par l’éruption du Vésuve en l’an 79, démontre que de grandes cités antiques ont pu être rasées subitement de la surface du globe sans que ces phénomènes aient pu être prévus ou enrayés. Plus récemment, l’explosion du volcan Indonésien Krakatoa (1883), le raz-de-marée qui dévasta Hawaii en 1948, le grand tremblement de terre de Los Angeles en 1994, ou encore le tsunami Indonésien de Noël 2004 mettent cruellement en lumière l’insignifiance des constructions humaines à l’échelle de la Nature et de ses colères dévastatrices. Ces rappels historiques permettent d’envisager tout à fait sérieusement l’hypothèse d’une catastrophe naturelle majeure – tremblement de terre ou éruption volcanique – qui serait survenue en Méditerranée à l’époque de l’Atlantide et aurait causé sa disparition.
. Floyd McCoy et l’hypothèse Santorin
S’engouffrant dans cette brèche, le documentaire s’attache alors à suivre l’archéologue Américain Floyd McCoy dans sa quête de l’Atlantide. Persuadé que les descriptions qu’en a faites Platon correspondent à celles de la civilisation minoenne, qui se développa en Crète de 2700 à 1200 av. J-C, celui-ci situerait l’île mythique des Atlantes dans l’archipel de Santorin, en mer Egée. Basant sa théorie sur l’étude de documents historiques et sur des découvertes archéologiques et scientifiques récentes, Floyd McCoy évoque ainsi l’hypothèse d’une Atlantide qui serait en réalité une « invention » de Platon. Ou plus précisément, une allégorie, car à l’époque où le philosophe Grec rédigeait son Timée, la cité Athénienne connaissait de graves troubles internes. Et si, devant la gravité de cette situation, Platon avait dépeint la chute de l’Atlantide pour mettre en garde ses contemporains contre les dangers de la division et de la décadence ? Les Atlantes du mythe seraient ainsi une projection des minoens.
. Cataclysme final
Mais alors, qu’est-ce qui aurait causé la chute de cette civilisation qui servit de matrice au mythe de l’Atlantide ? Un troisième volet du documentaire nous emmène du côté de l’étude scientifique des plaques lithosphériques (ou plaques tectoniques) de la Méditerranée. La Crète, où se situe l’archipel de Santorin, berceau de la civilisation minoenne, est justement l’une des zones sismiques les plus actives de cette région. Les plaques tectoniques Africaine et Eurasienne s’y chevauchent en effet, générant d’énormes tensions qui se manifestent par des séismes répétés et une forte activité volcanique. Fondant son hypothèse sur l’analyse de ruines découvertes sur l’archipel de Santorin et sur l’étude des strates géologiques prouvant qu’une formidable éruption volcanique eut lieu dans cette région de la Méditerranée vers – 1650 av. J-C, Floyd McCoy est persuadé que le cœur de la civilisation minoenne, qui donna naissance au mythe de l’Atlantide, était implanté sur le site d’un volcan éteint situé au cœur de l’archipel. Or celui-ci connut un soudain regain d’activité qui aboutit très certainement à son explosion, sur le modèle du volcan Krakatoa en 1883, dans l’archipel Indonésien. 60 à 70 kilomètres-cubes de matière souterraine furent projetés dans les airs, les cendres obscurcirent le ciel pendant plusieurs jours, avant que le volcan ne finisse par s’effondrer sur lui-même, générant un immense raz-de-marée qui dévasta l’ensemble du pourtour Méditerranéen. C’est très sans doute cette catastrophe que Platon évoqua dans sa description de l’engloutissement de l’Atlantide. C’est en tout cas ce que pense Floyd McCoy, trop heureux de constater que toutes les pièces de son puzzle historico-scientifique s’emboitent parfaitement.
. La fin du mythe, vraiment ?
Cette théorie évoquée dans le documentaire, qui laisse la part belle à l’analyse scientifique au détriment du mystère, pourrait très bien sonner le glas du mythe de l’Atlantide. Pourtant, son pouvoir de fascination sur l’imaginaire reste si puissant qu’on n’imagine pas un seul instant que ces dernières nouvelles de l’Atlantide scelleront définitivement le débat sur ce sujet. Comme tous les grands mythes qui ont alimenté l’inconscient collectif, celui de l’Atlantide reste plus vivace que jamais. Ce documentaire, intéressant et bien construit, trace une voie très cartésienne vers une vérité fondée sur l’analyse objective de données scientifiques et de découvertes archéologiques, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille le prendre comme la vérité définitive sur le sujet. Affaire à suivre !
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